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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203805

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203805

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2022, le 23 septembre 2022 et le 8 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Djehanne Elatrassi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

3°) d'enjoindre, au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence, valable un an, et portant la mention " étudiant ", ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de titre de séjour et ce, dans les deux cas, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Djehanne Elatrassi, avocat, la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision de refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise par une autorité incompétente ;

- méconnaît les dispositions de l'article L 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- que la requête est tardive ;

- qu'il sollicite une substitution de base légale ;

-que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- la décision du 19 août 2022 portant admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Djehanne Elatrassi, pour M. D A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien né le 30 juillet 2000, est entré en France le 30 août 2019. Il s'est vu délivrer des titres de séjour en sa qualité d'étudiant depuis le 12 novembre 2019 et jusqu'au 11 novembre 2021. Le 10 septembre 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les articles du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment son parcours universitaire et sa vie privée et familiale en France. Dès lors, alors même que ne serait pas mentionné de façon exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, ces considérations sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. A en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, M. E B directeur des migrations et de l'intégrations, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime du 1er avril 2022, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n°spécial n°76-2022-055, à l'effet notamment de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

4. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Ces dispositions subordonnent le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " notamment à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre. Il résulte des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissantes algériens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par cette convention. Par suite, la décision contestée du 6 mai 2022 ne pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce, la décision contestée refusant de renouveler le titre de séjour dont était titulaire M. A trouve son fondement légal dans les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées par l'arrêté en cause, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, en troisième lieu, que le préfet de la Seine-Maritime sollicite qu'à la base légale inapplicable de cet article L. 422-1 soit substituée celle applicable du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et que le requérant a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Dès lors, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.

7. Pour l'application des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant algérien en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

8. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour en qualité d'étudiant de M. A, le préfet s'est fondé sur l'absence de progression dans son parcours universitaire, montrant l'absence de caractère réel et sérieux de ses études. Le préfet relève qu'il a été inscrit pour l'année universitaire 2019-2020 en première année de licence en droit à l'université de Rouen et qu'il n'a pas validé son année, qu'il s'est réinscrit en première année de licence de droit pour l'année universitaire 2020-2021 et qu'il a également été ajournée, et enfin, qu'il s'est inscrit de nouveau en première année de licence de droit pour l'année universitaire 2021-2022, triplant ainsi son année. M. A soutient qu'il a progressé pendant ces différentes années en validant une partie des unités d'enseignement et qu'il ne lui restait, ainsi, que cinq matières à valider à la date de la décision attaquée. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à établir, à elle seule, une réelle progression dans ses études alors que l'intéressé s'est inscrit en première année de droit de façon répété sur pas moins de trois années universitaires successives. Par ailleurs, s'il a validé quelques unités d'enseignements, il n'a toujours pas validé un seul semestre. Par suite, et alors même qu'il produit plusieurs attestations faisant état de son assiduité en cours et aux examens, ainsi qu'une attestation du 9 mai 2022 indiquant que ses résultats sont en progression et que s'il doit quitter le territoire avant les examens de rattrapage, il ne pourra pas valider ses matières restantes, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant à raison de l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies aurait méconnu les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient qu'il réside sur le territoire depuis plus de trois ans, qu'il étudie sans interruption au sein de l'université de Rouen dans le domaine du droit, qu'il maîtrise parfaitement la langue française, qu'il travaille à temps partiel au sein de l'université de Rouen, que son oncle et ses cousins résident en France et que son oncle le prend en charge financièrement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans enfant à charge. De plus, si M. A soutient étudier à l'université de Rouen, il est constant qu'il s'est inscrit trois fois en première année de licence de droit et qu'il n'a toujours pas validé un seul semestre. Par ailleurs, s'il produit une attestation de son oncle indiquant qu'il le prend en charge financièrement, ce seul élément n'est pas de nature à établir la réalité et l'intensité des liens affectifs entre M. A, son oncle et ses cousins. S'agissant de son insertion professionnelle, l'intéressé produit un contrat à durée déterminée conclu avec l'université de Rouen du 1er septembre 2021 au 30 juin 2022 en qualité de vacataire pour l'accueil des étudiants à temps partiel, ce qui ne suffit pas à caractériser l'existence d'une insertion professionnelle stable et ancienne en France. Les seules circonstances qu'il poursuit son cursus universitaire et qu'il résiderait de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis presque trois ans à la date de la décision attaquée sont insuffisantes pour considérer qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux point 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est prise par voie de conséquence de l'existence d'une décision de refus de séjour, n'a pas à faire l'objet d'une motivation en droit et en fait distincte de celle portant refus de séjour, dont il résulte du point 2 du présent jugement qu'elle est suffisante. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit également être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

14. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

15. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, le délai qui lui est laissé pour y procéder et la décision fixant le pays de destination qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

16. En l'espèce, M. A ayant sollicité le renouvellement d'un titre de séjour, il a été mis à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté en litige, tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été empêché, avant que ne fût prise à son égard la décision qu'il conteste, de porter à la connaissance de l'administration des éléments tenant à sa situation personnelle qui s'ils avaient pu être communiqués à temps, aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'intéressé aurait été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.

17. En quatrième lieu, il résulte des motifs explicités aux points 8 et 10 que M. A ne justifie ni d'une vie privée et familiale en France, ni du caractère réel et sérieux de ses études. Il résulte également des pièces du dossier qu'il n'établit pas être dépourvu de tous liens familiaux dans le pays dont il est originaire où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et où il a validé une première année de licence. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet le mettrait dans l'impossibilité de mener son projet professionnel à son terme, M. A n'établit pas que l'interruption de ses études en France ferait obstacle à leur poursuite lors de son retour en Algérie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

18. En dernier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie d'exception, de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que l'intéressé n'établit pas être exposé à la torture ou à des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Il ne résulte pas de ses termes qu'elle ait été prise sans un examen particulier de sa situation personnelle.

20. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 14, 15 et 16, le moyen tiré de ce que l'intéressé aurait été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.

22. En quatrième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie de l'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.

23. En cinquième lieux, aux termes du dernier alinéa de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

24. M. A n'apporte, dans la présente instance, aucun développement ou pièce de nature à montrer qu'il encourrait un risque en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux point 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et sans qu'il y ait lieu d'accorder à M. A l'aide juridictionnelle à titre provisoire dès lors qu'il avait été admis à l'aide juridictionnelle avant d'introduire sa requête, que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Djehanne Elatrassi- Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La présidente- rapporteure,

A. C

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVETLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203805

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