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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203806

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203806

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2022 et le 8 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour mention " retraité " ou " vie privée et familiale " valable un an ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

Le refus de séjour :

- n'est pas suffisamment motivé ;

- est entaché d'incompétence de son auteur ;

- a été édicté au terme d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 426-8 et L. 426-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ne procède pas d'un examen particulier de sa situation ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît son droit à être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ne procède pas d'un examen particulier de sa situation ;

- repose sur un refus de séjour illégal.

La décision fixant le pays de destination :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire illégale.

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 19 août 2022 admettant M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Elatrassi-Diome, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France le 1er février 2011 sous couvert d'un visa de court séjour et s'y est maintenu irrégulièrement. Il défère au tribunal l'arrêté du 17 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par l'arrêté du 1er avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, pour signer les décisions relatives au séjour des étrangers et les mesures d'éloignement. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français attaquées doivent, par conséquent être écartés.

3. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral en litige vise notamment les stipulations des articles 3et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, les dispositions des articles L. 426-8, L. 426-10, L. 611-1 3°), L. 612-1, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à la situation personnelle ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sous trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait manqué à son obligation d'examiner la situation particulière du requérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. B fait valoir qu'il réside habituellement en France où vivent également son fils, né en 1981, et ses deux petits-enfants, nés en 2016 et 2018, dont il se dit très proche, depuis le mois de février 2011. Toutefois l'intéressé ne peut valablement se prévaloir de sa durée de séjour en France, celle-ci résultant, notamment, de ce qu'il ne s'est pas conformé aux trois précédentes mesures d'éloignement légalement prononcées à son encontre le 7 octobre 2013, le 29 juin 2018 et le 7 décembre 2021. L'intéressé n'établit pas ne pas être admissible au séjour en Norvège ou en Allemagne, pays où demeurent sa fille et son fils. Il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, en particulier des échanges de courriers électroniques entre le service des étrangers de la préfecture de la Seine-Maritime et la CARSAT, ainsi que des indications non contestées du préfet, en défense, que M. B s'est vu octroyer indûment le bénéfice de l'allocation de solidarité aux personnes âgées en faisant frauduleusement usage d'une fausse carte d'identité. Enfin, l'intéressé ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni plus que d'aucunes circonstances humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Au regard de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B en refusant de l'admettre au séjour, pas plus qu'il n'a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, M. B, qui notamment n'établit ni n'allègue avoir séjourné en France sous couvert d'une carte de résident, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 426-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'entre manifestement pas non plus dans les prévisions de l'article L. 426-10 du même code lequel s'applique aux étrangers titulaires d'une carte de séjour portant la mention " retraité ".

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

9. Il ressort des propres écritures du requérant que celui-ci n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur le fondement des articles L. 426-8 et L. 426-10 du même code, en qualité de retraité. Il n'a, ainsi, pas déposé de demande d'admission exceptionnelle au séjour. En outre, comme dit supra, l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement des articles L. 426-8 et L. 426-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, nonobstant la double circonstance que le préfet a examiné l'admissibilité au séjour de M. B au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et que l'intéressé justifie d'une résidence en France depuis plus de dix ans, l'autorité préfectorale n'était nullement tenue de saisir pour avis la commission du titre de séjour avant d'adopter la décision en litige.

10. En cinquième lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision de refus ou d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

12. L'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il appartenait à l'intéressé de fournir spontanément à l'administration tout élément utile relatif à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte des motifs exposés aux points 4 à 10 que la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté du 4 juillet 2022 attaqué, n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français reposerait sur un refus de séjour entaché d'illégalité n'est pas fondé.

14. En troisième lieu, pour les motifs énoncés aux points 4 et 6, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

15. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.

Sur le pays de destination :

16. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale doit être écarté.

17. Si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision ni justification. Le moyen doit donc être écarté pour ce motif et compte tenu de ce qui sera dit au point n°19.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

19. M. B soutient que sa vie est menacée en Tunisie, de sorte qu'il peut se prévaloir de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne soit pas prononcé d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. Toutefois, outre que l'intéressé ne spécifie pas même la nature des risques pesant sur sa sécurité personnelle dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par l'intéressé a été définitivement rejetée par la CNDA, le 19 mars 2013. M. B n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucun élément nouveau relatif aux risques qu'il dit encourir. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'adoption d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point n°18 doivent par conséquent être écartés.

20. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point n°6, M. B n'a pas déféré à trois mesures d'éloignement prononcées à son encontre en 2013, 2018 et 2021. Par suite, nonobstant la circonstance qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2022. Sa requête doit dès lors être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

C. BOUVETLa présidente,

Signé

A. GAILLARD

Le greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT 1

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