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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203807

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203807

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, M. B, représenté par Me Souty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'appeler l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) à la cause en tant que défendeur ou, à tout le moins, en tant qu'observateur ;

3°) avant-dire-droit, d'enjoindre à l'OFII de produire l'entier dossier du requérant et de motiver son avis ;

4°) avant-dire-droit, d'inviter les médecins du requérant ou tout autre médecin spécialiste dont la compétence ou les connaissances seraient de nature à l'éclairer utilement sur la solution à donner au litige, à produire des observations d'ordre général sur la question des conséquences du défaut de traitement, conformément aux dispositions de l'article R. 625-3 du code de justice administrative ;

5°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale compétente de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ; en tout état de cause de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Souty au versement de l'aide juridictionnelle ; à titre subsidiaire de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette même somme, à son bénéfice, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'apporte pas la preuve de la saisine du collège de médecins de l'OFII ;

- l'avis de l'OFII est irrégulier au regard des dispositions de l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016 dès lors qu'il n'est pas démontré que le président du collège a bien autorisé une délibération par voie électronique ;

- il appartient au préfet d'apporter la preuve que l'ensemble des garanties procédurales a été respectée, en particulier que le rapport du médecin instructeur a bien été transmis au collège de médecins ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'irrégularité de l'avis de l'OFII quant à la compatibilité de son état de santé avec une mesure d'éloignement ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Souty, pour M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais né le 13 octobre 1971, déclare être entré en France en décembre 2013. Le 14 août 2017, il a sollicité son admission à l'asile. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 28 octobre 2015. Le 17 décembre 2018, l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur et s'est vu délivrer un titre de séjour dans ce cadre. Le 1 er décembre 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 5 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de séjour opposée à M. A comporte, de façon suffisamment précise, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré son insuffisante motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et de la motivation même de l'arrêté, que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant d'adopter la décision litigieuse.

4. En troisième lieu, l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour () au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". L'article R. 425-12 du même code prévoit notamment que le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article.

5. Enfin, l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ".

6. Contrairement à ce que soutient M. A, il n'appartient pas au préfet de " rapporter la preuve de la régularité " de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, mais il lui appartient d'en critiquer la régularité au regard de l'avis lui-même. En l'espèce, il ressort de l'avis du collège produit par le préfet et de l'attestation de la directrice territoriale de l'OFII qui l'accompagne, que les irrégularités soulevées par M. A, présentées de manière hypothétique et en l'absence de réplique de l'intéressé sur ce point, ne sont pas établies. Il en va de même s'agissant du respect de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. L'avis émis le 4 avril 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précise que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. A est suivi depuis 2015 pour des troubles psychiques résultant d'un syndrome post-traumatique et qu'il suit, à cet effet, un traitement médicamenteux. L'intéressé souffre également de troubles rhumatologiques, d'apnée du sommeil et d'une tumeur des sinus, opérée en 2017. Si les certificats médicaux versés au dossier, tous postérieurs à la décision contestée, font état d'un suivi médical régulier, et si l'un d'entre eux, tout en relevant que l'état psychique du patient s'est " nettement " amélioré, fait état d'un risque de rechute " pouvant mettre en jeu le pronostic vital ", ces certificats ne permettent pas de remettre en cause l'avis précité du collège de médecins de l'OFII. En outre, eu égard au sens de l'avis précité, qui ne retient pas l'existence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de traitement, le requérant ne peut utilement faire valoir que le collège ne s'est pas prononcé sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant déclare être entré en France en 2013, sans toutefois en apporter la preuve. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée dans les conditions rappelées au point n°1. Si l'intéressé peut valablement se prévaloir d'une bonne insertion dans le tissu associatif elbeuvien, ainsi que l'établissent les nombreuses attestations en ce sens versées aux débats, il est constant qu'il est célibataire, sans charge de famille, en France. Si l'intéressé justifie d'une création d'entreprise, en avril 2022, et de la participation à une formation en bureautique, en 2021, il ne fournit aucun élément relatif à l'exercice d'une quelconque activité professionnelle ou à une démarche d'insertion professionnelle, avant 2021, et ce, alors même qu'il soutient résider en France depuis neuf ans. En outre, la seule circonstance que ses parents sont décédés ne suffit pas à démontrer qu'il est dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence, jusqu'à l'âge de quarante-deux ans, selon ses déclarations. Dans ces conditions, M. A, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Enfin, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire ou de motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point n°6, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté. Au surplus, le collège de médecins de l'OFII s'est bien prononcé sur l'aptitude du requérant à voyager sans risque vers son pays d'origine.

14. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués au point n°9, le moyen tiré de la méconnaissance du 9°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En troisième lieu, dès lors que le défaut de traitement ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé du requérant, ainsi qu'il a été exposé au point n°9, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne saurait être regardée comme exposant M. A à subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.

16. En quatrième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. La décision litigieuse, prise au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et indique que celui-ci n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à ces dispositions en cas de retour au Togo. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Vincent Souty et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

C. BOUVET

La présidente,

Signé

A. GAILLARD

Le greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

N°2203807

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