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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203826

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203826

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, et un mémoire, enregistré le 23 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Lepeuc, demande :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le préfet de l'Eure a retiré sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 7 jours à compter de l'ordonnance à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

' sa requête n'est pas tardive ;

' la condition tenant à l'urgence à suspendre est remplie dès lors que :

- la remise en cause d'un statut régulier de résident est un cas d'urgence présumé ;

- une mesure d'éloignement prononcée le 5 septembre 2022 est exécutoire dès lors que, par jugement du 21 septembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté son recours formé contre cette mesure d'éloignement ;

' la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la menace pour l'ordre public n'est pas un motif pouvant être opposé à son propre cas, qui n'est pas celui d'un détenteur d'une carte de séjour ;

- sa situation particulière n'a pas été examinée ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée au-delà du délai de deux mois mentionné sur le 3e feuillet de l'arrêté attaqué, notifié dans son intégralité le 30 août 2021 ;

- aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président a désigné M. A comme juge des référés ;

- la requête, enregistrée le 2 août 2022 sous le n° 2203182, par laquelle M. B demande, notamment, l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué ;

- la lettre du 23 septembre 2022 par lesquelles les parties ont été averties de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen, relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 28 septembre 2022 et le 2 octobre 2022 pour M. B.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir convoqué à l'audience publique :

- Me Lepeuc,

- et le préfet de l'Eure.

Après la présentation du rapport, en séance publique le 3 octobre 2022, ont été entendues les observations de Me Lepeuc, pour M. B, qui reprend, en les précisant, les conclusions et moyens de la requête.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, le même jour à 9 h 25, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. B, ressortissant de la République du Congo (Brazzaville) provisoirement à l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "

3. Il est constant que l'arrêté préfectoral du 5 août 2021 attaqué a été notifié le 30 août 2021 alors que M. B était incarcéré. L'exemplaire de cet arrêté en deux feuillets produit à l'appui de la requête au fond ne contient, dans ses motifs, dans son dispositif ou dans une quelconque autre rubrique, aucun renvoi à des mentions relatives aux voies et délais de recours. En produisant un troisième feuillet comportant ces mentions, l'autorité administrative n'établit pas que l'exemplaire notifié était un assemblage de trois feuillets dès lors que les simples numéros de page apposés sur ces feuillets ne permettaient pas de connaître, directement ou indirectement, le nombre total de pages composant l'instrument. Par suite, la preuve d'une notification des voies et délais de recours ne peut être regardée comme apportée par le préfet de l'Eure et M. B n'avait, quant à lui, pas de raisons d'accomplir des diligences en vue de lui signaler le caractère incomplet du document notifié. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête au fond, enregistrée au greffe du tribunal le 2 août 2022 doit être écartée.

4. Le retrait d'une carte de résident constitue, en raison de la rupture de droits qu'il engendre, une atteinte grave et immédiate à la situation personnelle et familiale de l'étranger qui en titulaire d'un tel titre de séjour. En l'espèce, le caractère très tardif de la contestation de la décision mettant fin au droit au séjour de M. B n'est pas de nature à retirer son caractère d'urgence à sa demande de référé dès lors qu'il est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français prise peu avant sa libération du centre de détention de Val-de-Reuil le 23 septembre 2022 et que l'intervention d'une mesure prise en référé sur les effets du retrait de sa carte de résident conditionne directement, d'une part, la position que l'autorité préfectorale doit adopter quant à l'application effective de la mesure d'éloignement et, d'autre part, la qualité du suivi socio-judiciaire auquel est soumis l'intéressé.

5. En l'état de l'instruction, le moyen susvisé, tiré de l'erreur de droit fondée l'inapplicabilité de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour justifier un retrait de carte de résident est propre à susciter un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le préfet de l'Eure a retiré sa carte de résident.

7. La présente ordonnance, qui a seulement pour effet de paralyser les effets du retrait d'une carte de résident dont la durée de validité s'étend jusqu'au 2 décembre 2025, n'implique par elle-même aucune mesure d'exécution dans la mesure où M. B peut revendiquer le bénéfice de cette carte de résident jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 5 août 2021 attaqué. Au cas particulier, il est toutefois rappelé à l'administration que la mise à exécution de l'arrêté de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français pris le 31 août 2022, quoique devenu définitif en raison du rejet des recours formés à son encontre, mériterait d'être réexaminée en raison de la reprise des effets, au moins provisoire, de la carte de résident.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le préfet de l'Eure a retiré la carte de résident de M. B est suspendue.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Marie Lepeuc et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l'Eure.

Fait à Rouen, le 3 octobre 2022.

Le juge des référés,

P. A La greffière,

F. HAY

N°2203826

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