jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203845 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, et un mémoire, enregistré le 21 décembre 2022, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours sous astreinte de cent euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL Mary et Inquimbert la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Le refus de séjour :
- méconnait les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 août 2022.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me Vercoustre, représentant M. B.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien, né le 20 septembre 2002 déclare être entré en France en mars 2018 à l'âge de 15 ans. Le 20 mai 2018, il a fait l'objet d'une mesure de placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. Le 16 juillet 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 12 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. L'arrêté du 12 avril 2022 en litige comporte, de façon suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Il est, par suite, suffisamment motivé.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, M. B ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de saisir, pour avis, la commission du titre de séjour.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".
5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
7. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet s'est notamment fondé sur les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour l'intéressé de justifier de son état civil. Le requérant fait valoir que les documents produits dans sa demande de titre de séjour permettent de justifier de son état civil, la fraude invoquée par le préfet n'étant, selon lui, pas établie. Le requérant soutient, en outre, qu'il appartenait à l'autorité préfectorale de lever les doutes entourant l'authenticité desdits documents en saisissant les autorités étrangères compétentes, ce qui n'a pas été le cas, en l'espèce.
8. Toutefois, le préfet de la Seine-Maritime a versé aux débats les résultats de l'analyse de l'extrait d'acte de naissance de M. B effectuée par les services de la police aux frontières (PAF). Dans un rapport, en date du 15 janvier 2021, ces services ont analysé l'extrait d'acte de naissance n°026/I.I.CSM et ont relevé trois irrégularités tenant au caractère non-conforme du mode d'impression du document, à l'existence d'une faute d'orthographe sur les mentions du document, le mot " Impresssion " étant porté en lieu et place du mot " Impression ", et à l'absence du numéro national d'identification des personnes physiques et morales (NINA) composé de quatorze chiffres et d'une lettre sur le document. Ces irrégularités ont conduit l'analyste en fraude documentaire de la PAF à émettre, non pas un simple " avis défavorable " concernant l'extrait d'acte de naissance soumis à l'administration par M. B, mais à conclure au caractère " contrefait " de ce document d'état-civil. M. B n'apporte pas d'éléments de nature à contrarier utilement l'appréciation portée par l'analyste en fraude documentaire, que s'est appropriée le préfet de la Seine-Maritime, sur le caractère contrefait de cet extrait d'acte de naissance. A cet égard, la circonstance que la procédure pénale engagée à son encontre pour détention et usage de faux document a fait l'objet, le 9 novembre 2021, d'une décision de classement sans suite, n'est pas, par elle-même, de nature à établir l'authenticité de son extrait d'acte de naissance, une telle décision n'étant pas au nombre de celles auxquelles s'attache l'autorité de chose jugée. Au demeurant, cette décision de classement sans suite n'est pas fondée sur l'absence d'infraction mais sur l'insuffisante caractérisation de celle-ci. Si, enfin, M. B se prévaut de la force probante de son passeport et de sa carte consulaire, ces documents, eux-mêmes établis sur la base de l'acte de naissance estimé falsifié et qui ne constituent par ailleurs pas des documents d'état civil, ne sont pas suffisants pour établir son identité réelle.
9. Ainsi, eu égard au nombre, à la nature et à la gravité des anomalies entachant l'extrait d'acte de naissance en ce qui concerne l'exactitude de ce qu'il est censé reconnaître et transcrire, le préfet de la Seine-Maritime, qui n'était nullement tenu de faire procéder à des vérifications complémentaires auprès des autorités maliennes, était fondé à estimer qu'il ne pouvait délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de l'articles L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nonobstant la circonstance que celui-ci avait bien repris sa formation qualifiante, à savoir, un CAP " Pâtisserie ", dès lors que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil. Par suite, et pour le seul motif fondé sur l'application des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile invoqué devant le tribunal, la carte de séjour demandée devait être refusée dès lors que ce titre de police et de circulation ne peut être remis qu'à une personne dont l'identité est établie.
10. En troisième lieu, s'il résidait en France depuis quatre ans à la date d'adoption de la décision contestée, M. B, qui est célibataire et sans enfants sur le territoire national, n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales au Mali où vivent toujours ses parents. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime, qui a procédé à une évaluation globale de la situation du requérant, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui opposant le refus de séjour litigieux.
11. En dernier lieu, pour les motifs précédemment exposés, la décision en litige ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, M. B ne peut se prévaloir de cette illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui est opposée.
13. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point n°11.
14. En troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points n°13 à 15 que l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français n'est pas illégale. Le requérant n'est donc pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
16. En deuxième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant ne ressort pas des pièces du dossier.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Leduc, premier conseiller,
M. Bouvet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
C. BOUVET
La présidente,
Signé
A. GAILLARD
Le greffier,
Signé
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
N°2203845
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026