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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203935

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203935

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " commerçant ", dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

* Le refus de séjour :

- est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur une condition de ressource pour délivrer un certificat de résidence commerçant sur le fondement des articles 5 et 7 c) de l'accord franco-algérien ;

- est entaché d'une erreur de fait s'agissant du caractère effectif de son activité commerciale ;

- méconnaît l'article 7 c) de l'accord franco-algérien dès lors qu'il en remplit les conditions.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;

- est illégale dès lors qu'elle repose sur un refus de titre de séjour illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a produit des pièces complémentaires enregistrées le 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A,

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 1er juillet 1990 à Abkou, est entré en France en février 2015 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 25 août au 23 novembre 2015. Il s'est vu délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 11 novembre 2018. Sur demande de changement de statut, M. C s'est vu délivrer un certificat de résidence en qualité de commerçant, valable jusqu'au 18 février 2020. Le 20 octobre 2020, le requérant a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-10, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 2 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. / () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité. () ". Enfin, aux termes de l'article 9 de cet accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

3. Il résulte de la combinaison de ces stipulations que l'obtention d'un certificat de résidence en qualité de salarié ou de commerçant est subordonnée notamment à l'obtention d'un visa de long séjour. S'agissant de conditions cumulatives, un défaut de visa de long séjour suffit, à lui seul, à justifier, en application des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un refus de délivrance d'un certificat de résidence pour l'exercice d'une activité professionnelle, quand bien même la situation de l'intéressé répondrait aux autres conditions.

4. Si M. C justifie être entré en France le 9 septembre 2015, muni d'un visa de court séjour valable du 25 août 2015 au 23 novembre 2015, avoir bénéficié d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " du 24 novembre 2017 au 23 novembre 2018, puis d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant " valable du 19 février 2019 au 18 février 2020, il est constant qu'à la date à laquelle il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de commerçant le 20 octobre 2020, il était en situation irrégulière, de sorte que sa demande devait être regardée comme une première demande soumise à la condition de présentation d'un visa de long séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, lui opposer l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer un certificat de résidence pour l'exercice d'une activité professionnelle.

5. En second lieu, si le requérant soutient que le préfet de la Seine-Maritime a commis, d'une part, une erreur de fait, en ne tenant pas compte de l'effectivité de l'activité commerciale de sa société, et d'autre part, une erreur de droit en ce qu'il se serait fondé sur l'absence de ressource pour refuser de lui délivrer le certificat de résidence demandé, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que ces circonstances, à les supposer établies, auraient été sans incidence sur le sens de la décision prise. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

8. M. C soutient qu'il réside habituellement en France depuis le 9 septembre 2015, qu'il est inséré professionnellement et qu'il a créé la société " Clean World ", entreprise spécialisée dans le nettoyage de locaux administratifs et industriels. Toutefois, à supposer même qu'il démontre une insertion professionnelle en tant que travailleur indépendant, il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans enfant à charge, et qu'il ne justifie pas avoir noué des liens amicaux ou familiaux d'une particulière intensité en France. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en adoptant la décision attaquée, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Megherbi et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère,

- M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

La présidente-rapporteure

Signé : C. A L'assesseur le plus ancien,

Signé : S. GUIRAL

Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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