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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203941

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203941

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2022, Mme A C, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois ;

4°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'arrêté contesté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur sa demande d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; à titre subsidiaire, de mettre cette même somme à la charge de l'Etat à son propre bénéfice, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin de suspension :

- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue dès lors que cette mesure la prive de la possibilité de comparaître personnellement devant la CDNA et d'être entendue sur sa demande d'asile alors qu'elle a été victime de graves violences conjugale.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique de 10 heures :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Bidault, pour Mme C, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de Mme C.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 20 décembre 1999, est entrée en France le 20 septembre 2021, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 24 mars 2022. Mme C a formé un recours contre cette décision auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 1er juillet 2022. Par un arrêté du 14 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Mme C demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée, prise au visa du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article L. 542-2 du même code, rappelle que la demande d'asile déposée par Mme C a été rejetée par l'OFPRA et que l'intéressée ne dispose plus du droit de se maintenir en France, malgré le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle aux fins de contester cette décision devant la CNDA. L'acte attaqué comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C résidait en France depuis moins d'un an à la date d'adoption de la mesure d'éloignement litigieuse. L'intéressée est célibataire, sans charge de famille. Il ne peut être tenu pour établi qu'elle est dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Si la requérante se prévaut de la présence de son frère, en France, celle-ci n'est pas démontrée. Enfin, la circonstance que son père et sa mère séjournent régulièrement sur le territoire national, ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que Mme C a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale où elle n'est arrivée que très récemment. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation, invoquée de façon générale par la requérante, n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que l'obligation faite à Mme C n'est pas illégale. Par suite, l'intéressée ne saurait valablement se prévaloir de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime.

Sur les conclusions à fin de suspension :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

10. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'OFPRA. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'OFPRA ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'OFPRA, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'OFPRA.

11. En se bornant à soutenir que l'officier de protection de l'OFPRA a insuffisamment pris en compte sa qualité de victime de violences conjugales et sa vulnérabilité, lors de l'entretien, Mme C n'apporte aucun élément de nature à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office qui justifierait son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la CNDA.

12. La requérante fait valoir, par ailleurs, que l'exécution de la mesure d'éloignement porterait gravement atteinte à ses droits dès lors qu'elle l'empêcherait de comparaître personnellement à l'audience de la CNDA. Toutefois, et alors que l'intéressée n'est ni privée du droit d'obtenir l'aide juridictionnelle, ni de la possibilité d'être représentée à l'audience devant la Cour, aucun de ces éléments ne peut être utilement invoqué à l'appui d'une demande de suspension en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de Mme C ne peuvent être accueillies.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et les conclusions à fin de suspension formées par Mme C doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonctions et ses conclusions tendant à application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. B

La greffière,

Signé :

N. STOCK

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. STOCK

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