mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, M. I F, assisté par Me Elatrassi-Diome, demande :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. F soutient que la décision de transfert :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les 1 et 2 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 53-1 de la Constitution ;
- méconnaît les articles 2 et 9 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît l'article 6 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article L. 521-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît le 4 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. C a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 14 octobre 2022 pour M. F.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Kabamba, pour M. F, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, et ajoute que l'Espagne connaît des défaillances systémiques en matière d'accueil de demandeurs d'asile,
- et les observations de M. F, assisté par Mme D, interprète.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. F, ressortissant nigérian, à l'aide juridictionnelle.
Sur le transfert :
2. En premier lieu, en vertu de l'article 4 de l'arrêté du 29 août 2022 du préfet de la Seine-Maritime donnant délégation de signature à M. H, directeur des migrations et de l'intégration, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° spécial 76-2022-141, Mme G A, adjointe à la cheffe du pôle régional " Dublin ", a reçu délégation à compter du 1er septembre 2022 afin de signer, notamment, les décisions de transferts de demandeurs d'asile en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E B, cheffe de ce pôle. Le requérant n'établit pas que cette dernière n'était ni absente, ni empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté pris le 19 septembre 2022 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, cet arrêté du 19 septembre 2022 vise le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il énonce que l'Espagne a explicitement accepté de prendre en charge le requérant sur le fondement du 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 applicable au cas du demandeur d'asile muni d'un visa délivré par les autorités consulaires de ce pays. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Pour le même motif, il ne ressort pas des pièces du dossier, lesquelles établissent d'ailleurs que le préfet a pris la décision attaquée après en avoir abrogé une précédente, que le préfet a manqué à son obligation d'examen particulier de la situation de M. F.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de remise signée le 14 juin 2022, que le requérant a pris connaissance des deux documents, rédigés en langue anglaise, relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que M. F n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.
5. En quatrième lieu, aucune disposition, ni aucun principe, n'impose la mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de l'identité de l'agent de la préfecture de la Seine-Maritime qui l'a mené. Il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien s'est déroulé le 14 juin 2022 et qu'il a permis de recueillir les observations de M. F relatives, notamment, à sa situation de famille et à sa santé. Aucun texte, ni aucun principe n'impose la remise du compte rendu d'entretien à l'issue de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté dans toutes ses branches.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. " Les membres de la famille s'entendent, au sens du g) de l'article 2 du même règlement, dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, notamment, du conjoint du demandeur, ou de sa partenaire non mariée, et des enfants mineurs du couple. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière de l'exposé des motifs du règlement, tels qu'ils sont, en particulier, exprimés aux considérants 13 à 17. Il en résulte que le traitement conjoint des demandes de protection internationale des membres d'une famille par un même État membre doit constituer une mesure permettant d'assurer un examen approfondi des demandes, la cohérence des décisions prises à leur égard et d'éviter que les membres d'une famille soient séparés. Conformément à la convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant de 1989 et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'intérêt supérieur de l'enfant, qui doit être une considération primordiale des États membres, doit les conduire à tenir dûment compte du bien-être et du développement social du mineur, de considérations tenant à sa sûreté et à sa sécurité. Il s'ensuit que le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit en ayant recherché l'existence de relations effectives avec les membres de la famille de M. F demeurant en France.
7. Si, au cours de l'entretien individuel, M. F a évoqué la présence de quatre enfants mineurs présents sur le territoire français, il n'a donné aucune information sur leur mère, qui serait son épouse. Il est toutefois établi que la mère et les enfants sont titulaires de la protection subsidiaire depuis le 21 janvier 2020. Il n'est pas contesté par le requérant qu'il n'entretient plus de relations avec son épouse, séparée, et avec les enfants depuis au moins 2018, année au cours de laquelle ces derniers sont venus en France y chercher une protection. De plus, il ressort des pièces du dossier, notamment d'une mention de service d'un agent de police du 2 août 2022 retranscrivant la teneur d'un échange avec une personne assistant la mère, que l'intéressé ne doit pas entrer en contact avec elle. Tous les documents et photographies faisant état de liens entre M. F et les membres de la famille, produites en cours d'instance, se rapportent à des événements largement antérieurs à leur demande d'asile. Enfin, et surtout, l'autorité administrative n'a pas été destinataire d'un souhait, exprimé par écrit, d'une demande de protection internationale en commun par tous les intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 2 et 9 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
8. En sixième lieu, pour les motifs énoncés au point 7, le préfet n'a pas connu les dispositions de l'article 6 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui instituent les garanties en faveur des mineurs. Il n'a, pour les mêmes motifs, pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 qui font de l'intérêt supérieur des enfants une considération primordiale pour la mise en œuvre du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales protégeant le droit au respect de la vie privée et familiale n'est pas davantage fondé dans les circonstances de l'espèce.
9. En septième lieu, pour les motifs énoncés au point 7, doit être écarté, au cas particulier, le moyen tiré de la méconnaissance de la règle, reprise à l'article L. 531-23 et non pas à l'article L. 521-23, inexistant, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon laquelle, lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3 de ce code, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants, cette décision n'étant pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. La méconnaissance du 3 de l'article 20 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'est pas non plus caractérisée dès lors qu'en l'espèce, les enfants de M. F ne l'accompagnent pas, que la définition de membre de la famille n'est donc pas applicable au cas particulier et que la situation des mineurs n'est pas indissociable de celle du requérant.
10. En huitième lieu, l'existence alléguée d'une affection rénale grave n'est pas justifiée par un compte rendu d'examen d'uroscannographie du 21 juillet 2022 qui mentionne des résultats normaux et une dysurie chronique. Ainsi, l'état de M. F ne l'expose pas à un risque réel et d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé en cas de transfert en Espagne dès lors qu'il n'est pas établi que ce pays, où il n'existe pas de défaillances systémiques en termes de prise en charge médicale ou concernant de manière générale l'accueil des demandeurs d'asile, ne lui prodiguerait pas les soins et l'assistance que requiert cet état. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance, ensemble, de l'article 53-1 de la Constitution, des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. En neuvième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 4 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 applicables au demandeur d'asile titulaire d'un titre de séjour périmé est inopérant dès lors la décision attaquée est fondée sur le 2 de l'article 12 de ce règlement applicable au cas du demandeur titulaire d'un visa en cours de validité.
12. En dixième lieu, il est suffisamment établi par la production d'un extrait de l'application Visabio, que M. F est titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles, valable jusqu'au 5 février 2023. L'intéressé l'a d'ailleurs expressément admis au cours de l'audience. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime ne justifie pas des conditions d'application prévues par le 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.
13. En dernier lieu, pour les motifs énoncés aux points 7 et 10, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I F, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé :
P. CLa greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2203956
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026