mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, sous le n° 2203978, M. F D, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné ;
Il soutient que :
- il encourt des risques en cas de retour au Congo dès lors qu'étant ancien militaire, il est considéré comme déserteur mais a fui le pays en raison du fait qu'il était recherché pour tentative de coup d'Etat pour des faits commis le 16 décembre 2013 ;
- son état de santé ne lui permet pas de se faire soigner au Congo.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens présentés par M. D n'est fondé.
II- Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, sous le n° 2204157, M. F D, représenté par Me Elatrassi-Diome demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou à titre subsidiaire de lui verser directement une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- la compétence de la signataire de la décision n'est pas établie ;
- le droit d'être entendu prévu au paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations ;
-la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 novembre 2022.
M. D a produit des pièces complémentaires enregistrées le 17 janvier 2022.
Par une lettre enregistrée le 18 janvier 2023, M. D représenté par Me Elatrassi-Diome a demandé son extraction du centre pénitentiaire du Havre.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Elatrassi-Diome, pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant congolais, né le 16 juillet 1984 à Brazzaville, est écroué depuis le 2 juillet 2016, en dernier lieu au centre pénitentiaire du Havre, pour purger une peine d'emprisonnement de quatorze ans. Par arrêt de la Cour de cassation du 15 juin 2022 il a également été condamné à une interdiction définitive du territoire français. Par un arrêté du 15 septembre 2022, dont M. D demande l'annulation par deux requêtes successives qu'il convient de joindre pour y statuer par un seul jugement, le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays à destination duquel il doit être reconduit.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 novembre 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, présentées dans l'instance n° 2204157, sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 22-070 du 24 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation de signature à Mme B J, attachée, adjointe à la cheffe de bureau de l'éloignement et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'une interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, elle est soumise notamment aux dispositions précitées des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, qui impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de droit et de fait spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultant différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
5. D'une part il ressort des termes mêmes de la décision contestée que les éléments de droit et de faits sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre sa décision ont été portés à la connaissance de l'intéressé de manière suffisante pour lui permettre d'en contester les motifs.
6. D'autre part, il ressort des termes de la décision contestée, que M D a reçu un courrier le 29 juillet 2022 pour émettre ses observations et qu'il a déclaré à cette occasion contester la décision et formuler un recours contradictoire à son encontre. Par suite, le moyen de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut, dès lors, qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (.) ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile (). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 722-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français prononcée à l'encontre d'un étranger coupable d'un crime ou d'un délit en application des articles 131-30 à 131-30-2 du code pénal est exécutoire dans les conditions prévues aux deuxième à quatrième alinéas de l'article 131-30 du même code. ". Enfin, les dispositions de l'article 131-30 du code pénal prévoient que " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. () ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées et où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. M. D soutient qu'il est exposé en cas de retour au Congo à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de sa situation d'ancien militaire et en raison de son état de santé. D'une part, il produit un avis de recherche du 11 mars 2012, un mandat d'arrêt pour une infraction commise le 4 mars 2012 et un récit des faits au terme duquel, il indique qu'il appartenait au groupe du colonel I, qu'à la suite de l'explosion d'un dépôt de munition faisant de très nombreuses victimes, il a été emprisonné pendant deux mois puis a été libéré et que le Colonel G A, accusé d'avoir fomenté un coup d'Etat, a été acquitté et mis en résidence surveillée jusqu'en 2013. M. D produit également un article de presse relatant le décès le 17 février 2017, en détention du colonel E H, ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité (CNS) du Congo, condamné à 5 ans de travaux forcés à la suite de faits commis en 2013, levant sans doute le sursis qu'il avait obtenu après avoir été condamné à la suite de l'explosion d'un dépôt de munition faisant 300 morts. Il ne ressort pas de ces éléments ni des photographies morbides produites, qu'il serait proche de ce colonel ni même qu'une telle proximité lui serait préjudiciable au jour de la décision contestée. Ainsi, M. D n'établit pas qu'il encourrait personnellement un risque actuel de nature de ceux protégés par l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auquel renvoie l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il entend se prévaloir. De même s'agissant de son état de santé, les deux certificats médicaux qu'il produit et qui sont déjà anciens ni aucune autre pièce ne permettent d'établir qu'un tel suivi pour une hépatite B chronique ne pourrait pas être réalisé au Congo. Un seul certificat médical datant de 2018 atteste d'un suivi psychiatrique et la liste des prescriptions depuis le 17 septembre 2022 concernant diverses pathologies ne permet pas d'établir dans quelle mesure l'arrêt des différents traitements emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé du requérant au point de constituer un risque au sens de l'article L. 721-4 susvisé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 cité au point précédent doit être écarté.
10. Enfin, il est constant que M. D n'a pas été relevé de la peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée à son encontre par l'arrêt précité du 15 juin 2022. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime était tenu de pourvoir à l'exécution de cette condamnation. Le requérant ne saurait dès lors utilement faire valoir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ni qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle. Ces moyens ne peuvent en conséquence qu'être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans la requête enregistrée sous le n° 2204157.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2204157 de M. D est rejeté.
Article 3 : La requête enregistrée sous le n° 2203978 est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Guiral, conseiller,
Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
La présidente-rapporteure,
C. CL'assesseur le plus ancien,
S. GUIRAL
Le greffier,
J-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2203978-2204157
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026