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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204012

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204012

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 octobre et 17 novembre 2022, sous le n° 2204011, M. D C, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- est justifiée dès lors que le caractère sérieux de sa demande d'asile est établi, du fait des éléments nouveaux qu'il a produit devant l'OFPRA au soutien de sa demande de réexamen.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II.- Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 octobre et 17 novembre 2022, sous le n° 2204012, Mme H A, représentée par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- est justifiée dès lors que le caractère sérieux de sa demande d'asile est établi, du fait des éléments nouveaux qu'il a produit devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides au soutien de sa demande de réexamen.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par décision du 1er septembre 2022, le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Kabamba, substituant Me Elatrassi, pour M. C et Mme A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a insisté sur les nouveaux éléments pertinents qu'ils ont à faire valoir devant la cour nationale du droit d'asile. Elle a en outre souligné les effets néfastes qu'aurait un déracinement sur les enfants du couple. Ont également été entendues les observations de M. C et de Mme A, assistés de Mme F, interprète en langue anglaise, qui ont précisé la nature de leurs craintes en cas de retour au Nigéria.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2204011 et n° 2204012, qui concernent la situation administrative d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. M. D C, ressortissant nigérian né le 12 octobre 1988, déclare être entré en France le 12 août 2018. Mme H A, sa compagne, née le 22 mai 1996 et de même nationalité, déclare être entrée en France le 2 février 2019. Les intéressés ont déposé une demande d'asile, respectivement les 16 octobre 2018 et 22 mai 2019, en préfecture de la Seine-Maritime. Par décision du 27 octobre 2021, confirmée par une décision du 10 juillet 2022 de la cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de M. C. Par décision du 26 novembre 2021, confirmée par une décision du 10 juin 2022 de la CNDA, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de Mme A. Le 28 juillet 2022, M. C et Mme A ont sollicité le réexamen de leurs demandes d'asile. Par décisions respectivement des 10 et 11 août 2022, l'OFPRA a rejeté ces demandes comme irrecevables. Par les deux arrêtés attaqués du 19 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a respectivement fait obligation à M. C et à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. A titre subsidiaire, les intéressés demandent, chacun en ce qui le concerne, la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à l'intervention de la décision de la CNDA sur leurs recours formés respectivement contre les décisions des 10 et 11 août 2022 de l'OFPRA.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, dans l'instance n° 2204011, en application des dispositions mentionnées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

5. En premier lieu, par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme G B, cheffe du bureau du droit d'asile, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, pour les actes relevant des attributions du bureau, les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

6. En second lieu, les arrêtés attaqués, qui n'ont pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation des intéressés, mentionnent les dispositions dont ils font application et relèvent que M. C et Mme A ne disposent plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Ils font également état de leur situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans leur pays d'origine, et indiquent qu'ils n'établissent pas y être exposés à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Ils comportent ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, l'étranger ne saurait en principe ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est vu remettre une information complète sur ses droits et obligations, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Il appartient dès lors au demandeur d'asile qui s'est vu remettre cette information, laquelle remise constitue une garantie, lors du dépôt de sa demande ou en cours d'instruction, de faire valoir auprès de l'autorité préfectorale toute observation supplémentaire dans l'éventualité de l'intervention d'une mesure d'éloignement.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme A se sont vu remettre, le 28 juillet 2022, lors du dépôt de leur demande de réexamen, le guide du demandeur d'asile, qui comporte l'information mentionnée au point précédent, en langue anglaise. Les intéressés n'allèguent pas que l'information remise était insuffisante, ni qu'ils n'ont pu faire valoir auprès du préfet leurs éventuelles observations de manière utile et effective lors du dépôt de leur demande, durant son instruction ou après son terme. Le droit des intéressés à être préalablement entendus, ainsi satisfait, n'imposait pas au préfet de les mettre à même de réitérer leurs observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'intervention des décisions attaquées prise par suite du rejet de leur demande de réexamen par l'OFPRA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. C et de Mme A à être entendus préalablement à l'intervention d'une décision qui les affecterait défavorablement doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C et de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

10. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. C et Mme A font valoir que, présents en France respectivement depuis environ trois et quatre ans, leurs deux enfants, l'un âgé de 2 ans et demi, l'autre de huit mois, y sont nés, et que l'aîné des deux est scolarisé depuis qu'il est en âge de l'être. Mme A indique en outre qu'elle ne dispose plus d'attaches familiales au Nigéria. M. C se prévaut en outre de son activité professionnelle en qualité d'agent de propreté, qu'il exerce à temps partiel en contrat à durée indéterminée depuis le 19 août 2022, pour un salaire mensuel d'environ 1 100 euros. Toutefois, cette activité demeure très récente et, en dépit de leur durée de présence en France qui n'est pas négligeable, M. C et Mme A ne justifient d'aucune insertion particulière en France, ni même d'attaches significatives. Ils ne font en outre état d'aucun obstacle particulier à la reconstitution de leur cellule familiale au Nigéria, où M. C n'allègue pas être dépourvu de liens familiaux, en dépit du décès de son père. Il n'est enfin pas établi, ni même allégué, que l'aîné de leurs enfants ne pourra pas y poursuivre sa scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

14. Ainsi qu'il a été dit au point 12, il n'est pas établi, ni même allégué, que l'aîné des enfants de M. C et Mme A ne pourra pas poursuivre sa scolarité au Nigéria. Par ailleurs, les intéressés n'établissent pas, par les éléments produits, l'existence d'une vulnérabilité particulière de leurs enfants, en raison de leur jeune âge, au regard des mesures d'éloignement prononcées, alors au demeurant que, contrairement à ce qu'ils soutiennent, nés en France, de telles mesures n'auraient pas pour effet de leur faire " subir de nouveau un déracinement ". Par suite, et dès lors les décisions attaquées n'ont pas pour objet, ni pour effet de séparer M. C et Mme A de leurs enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 14, et dès lors que M. C et Mme A ne peuvent utilement invoquer leurs craintes en cas de retour dans leur pays d'origine, ni la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre des décisions attaquées, qui n'ont pas pour objet de fixer le pays de renvoi d'une mesure d'éloignement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ces décisions sur leur situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () ". Aux termes des stipulations de ce dernier article 3, dont les stipulations ne peuvent être utilement invoquées qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. M. C fait état des menaces persistantes dont il fait l'objet en raison de son refus d'intégrer la société secrète traditionnelle Ogboni, dont son père était membre, et de l'inaction des autorités dont il a sollicité en vain la protection en raison de l'influence qu'y exerce cette société. Mme A soutient quant à elle qu'elle est soumise à un chantage de la part du réseau de prostitution dont elle indique avoir été victime, au moyen d'une vidéo à caractère sexuel où elle figure. Toutefois, il ressort des décisions de l'OFPRA rejetant comme irrecevables les demandes de réexamen de leur demande d'asile, que tant l'office que la CNDA n'ont pas tenu leurs allégations comme établies, et les intéressés ne produisent à l'instance aucun élément de nature à démontrer leur matérialité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C et de Mme A à fin d'annulation, chacun en ce qui le concerne, des arrêtés du 19 septembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du code précité : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

21. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

22. D'une part, M. C soutient qu'il a reçu des menaces de la part de la société Ogboni à l'égard de ses enfants, élément nouveau qu'il entend faire valoir auprès de la CNDA. Toutefois, il ne produit aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations, la cour ayant au demeurant précédemment refusé de tenir pour établies les craintes de même nature exposées par M. C, en ce qui le concerne. Il ne justifie en tout état de cause pas du caractère nouveau de cette circonstance, que l'OFPRA lui a dénié. D'autre part, il ressort des déclarations à l'audience de Mme A qu'elle avait connaissance dès le début du chantage dont elle était l'objet, qui avait pour but de la contraindre à se maintenir dans le réseau de prostitution dont elle allègue avoir été victime. Ainsi, les intéressés n'établissent pas l'existence d'un doute sérieux sur le bien-fondé des décisions des 10 et 11 août 2022 par lesquelles l'OFPRA a rejeté leurs demandes de réexamen respectives, ni ne présente en outre d'éléments sérieux justifiant leur maintien sur le territoire durant l'examen de leurs recours par la CNDA. Par suite, leurs conclusions à fin de suspension des mesures d'éloignement dont ils font l'objet doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

23. Les conclusions de M. C et Mme A aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'ils présentent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet de leurs conclusions aux fins d'annulation et de suspension, respectivement prononcé aux points 19 et 22.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, dans l'instance n° 2204011, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. C et de Mme A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme H A, à Me Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

J. ELa greffière,

N. Protin-Lemière

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2204011 ; 220401npl

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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