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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204048

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204048

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLEMONNIER ODILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de transmettre le dossier de sa demande de renouvellement au préfet de Meurthe-et-Moselle et de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 19901 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- a été prise en violation de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une d'erreur d'appréciation quant à l'application de ces dispositions ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une d'erreur d'appréciation quant à l'application de ces stipulations ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir usé de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- ont été prises en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une d'erreur d'appréciation quant à l'application de ces stipulations.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy.

Vu :

- l'ordonnance n° 2204048 du 3 janvier 2023 par laquelle la présidente de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rouen a transmis le dossier de la requête de M. C au tribunal administratif de Nancy, hormis les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais né le 20 mai 1998 à Kinshasa, est entré sur le territoire français le 27 août 2019 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant " délivré par les autorités consulaires, valable du 19 août 2019 au 19 août 2020. A compter du 24 octobre 2020, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " étudiant ". Le 3 octobre 2021, M. C a sollicité le renouvellement de cette carte de séjour. Par l'arrêté attaqué du 6 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la présidente de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rouen a transmis le dossier de la requête de M. C au tribunal administratif de Nancy, hormis les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour.

2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. C en mesure d'en discuter les motifs. Elle est ainsi suffisamment motivée, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation exposée au point précédent que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen approfondi de la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ".

5. Le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.

6. Il est constant que M. C s'est inscrit à deux reprises successives en première année de licence " portail physique-chimie " à l'Université de Nancy pour les années universitaires 2019-2020 et 2020-2021, qu'il n'a pas validées, puis, pour l'année universitaire 2021-2022, soit à la date de la décision attaquée, en première année de licence de lettres en enseignement à distance (SEAD) au sein de l'université de Rouen. Cette dernière formation ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire la suivre. Si le requérant, qui ne conteste pas que l'intégralité des enseignements de cette formation sont dispensés à distance et n'apporte aucune explication quant à son projet professionnel et aux motivations de sa réorientation, hormis les " difficultés rencontrées pour valider sa licence de physique-chimie ", fait valoir que sa présence sur le territoire est nécessaire pour subir les examens prévus, il n'apporte toutefois aucun élément à l'appui de ses allégations. S'il se prévaut en outre du suivi d'une formation intitulée " programmation - Shell ", celle-ci a débuté le 23 mai 2022, soit postérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard à l'absence de progression dans les études suivies et à la faible cohérence de la réorientation de l'intéressé avec son parcours académique passé, le requérant ne peut être regardé comme établissant le caractère réel et sérieux de ses études. Il suit de là que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. C de renouveler le titre dont il bénéficiait au motif qu'il ne remplissait plus les conditions en permettant la délivrance.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré par M. C de la violation de ces stipulations, qui est inopérant à l'encontre de cette décision, ne peut qu'être écarté.

9. Enfin, au regard tant de la durée et des conditions du séjour en France de M. C que du caractère récent de la relation conjugale dont il se prévaut, la situation du requérant ne justifiait pas que le préfet fasse usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le moyen doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé le renouvellement de la carte de séjour mention " étudiant " dont il bénéficiait. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de sa requête présentée aux fins d'injonction de même que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Lemonnier et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée, pour information, au tribunal administratif de Nancy.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller et Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

D. BLa présidente,

Signé

P. BaillyLa greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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