jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 et 25 octobre 2022, M. C A B, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer un récépissé dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou subsidiairement, à lui verser directement au titre de ces dernières dispositions.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas entré irrégulièrement sur le territoire français et que la décision litigieuse n'a pas été prise en raison d'une décision lui refusant le séjour ;
- méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est père d'un enfant français dont il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire ;
- méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'existe aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;
- est entachée d'une erreur dans l'exactitude matérielle des faits ;
- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de ces dispositions.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Lepeuc, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 20 novembre 1985 à Moulay Issa A Driss, a déclaré être entré en France au cours de l'année 2010 en provenance d'Espagne. Par un arrêté du 23 janvier 2019, la préfète de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, décision dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1900354 du 12 mars 2019, devenu définitif, de la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen. Le 25 juin 2020, après une première demande rejetée comme étant irrecevable, M. A B a de nouveau sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 9 février 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'examiner la demande dont il était saisi compte tenu de l'incomplétude du dossier de l'intéressé. L'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance n° 2100721 du juge des référés du tribunal administratif de Rouen rendue le 17 mars 2021, laquelle a enjoint au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de la situation de M. A B. En exécution de cette ordonnance, l'autorité préfectorale a refusé, par un arrêté du 24 septembre 2021, d'admettre M. A B au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 2104005 du 17 février 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête formée par M. A B à l'encontre de cet arrêté, la cour administrative d'appel de Douai ayant, par une ordonnance n° 22DA00578 du 9 juin 2022, rejeté le recours formé par l'intéressé à l'encontre de ce jugement. Le 8 octobre 2022, M. A B a fait l'objet d'une interpellation par les services de police et a été placé en retenue administrative aux fins de vérification du droit au séjour. Par l'arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A B à quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions des 1° et 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". L'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 dispose que : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. Dès lors que M. A B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
5. Il est constant que M. A B est père d'un enfant français mineur, né le 13 octobre 2019 à Rouen de son union avec une ressortissante française dont il est désormais séparé. L'exercice conjoint de l'autorité parentale a été constaté par jugement rendu le 13 août 2021 du juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Rouen, lequel a notamment fixé la résidence habituelle de l'enfant au domicile de la mère, fixé à la somme de 100 euros la contribution à l'éducation et à l'entretien devant être versée par M. A B et accordé à ce dernier un droit de visite et d'hébergement, l'exercice de ce droit d'accueil étant conditionné à la justification par l'intéressé d'un logement. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a instauré un mécanisme de virement mensuel de la somme de 100 euros portant la mention " pension Camilia A B ", dont il n'est pas sérieusement contesté qu'il a été renouvelé après le 5 août 2022. De plus, il ressort des pièces du dossier que le requérant a conclu un bail à usage d'habitation pour pouvoir exercer le droit d'accueil dont il dispose. Dans ces conditions, le requérant, qui doit être regardé comme établissant effectivement contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, est fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A B et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Un délai de trois mois est imparti au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent à cette fin, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. A B et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Le Duff, premier conseiller et Mme Thielleux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La rapporteure,
Signé :
D. DLa présidente,
Signé :
P. BaillyLa greffière,
Signé :
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026