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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204053

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204053

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, Mme C D, représentée par Me Munkendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable pendant un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui remettre dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, le tout dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a été prise sans qu'il soit établi que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis régulier ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a été prise sans qu'il soit établi que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis régulier ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Munkendi Ndonki, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 13 septembre 1973 à Khoni, est entrée régulièrement sur le territoire français le 17 février 2016. Par une décision du 5 avril 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile formée par l'intéressée le 14 mars 2017, décision confirmée le 4 janvier 2018 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 27 octobre 2021, Mme D a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé. Par l'arrêté attaqué du 17 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

3. En l'espèce, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 10 juin 2022 et mentionné dans l'arrêté contesté est signé par les docteurs José-Hector Aranda-Grau, Charles Candillier et Florence Coulonges. Le médecin instructeur ayant établi le rapport médical, le docteur A B, n'a, ainsi, pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, cet avis, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatives notamment à la collégialité de l'avis, comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant : () ". Il est daté et signé par les trois médecins qui le composent. La requérante n'apportant aucun élément permettant de remettre en cause l'exactitude des mentions y étant portées, qui font foi jusqu'à preuve contraire, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de Mme D. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, pour rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme D, le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 425-9 du code précité, en reprenant les conclusions de l'avis du 10 juin 2022 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il précisait que l'état de santé de la requérante peut lui permettre d'y voyager sans risque.

6. Il est constant que Mme D est atteinte d'apnée du sommeil, d'hypertension artérielle et d'obésité. Son état de santé a justifié un séjour du 25 avril au 27 avril 2022 au sein du groupe hospitalier du Havre pour y subir une intervention chirurgicale de type sleeve gastrectomie. Elle bénéficie également d'un traitement médicamenteux et, auprès de ce même établissement hospitalier, d'un suivi pneumologique. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait personnellement dans l'impossibilité d'accéder de façon effective à un traitement et un suivi appropriés dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, la seule production d'un extrait d'un rapport de l'agence française de développement, au demeurant non daté, n'étant pas suffisante pour établir le contraire. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En l'espèce, il est constant que Mme D réside en France depuis le 17 février 2016, soit depuis plus de six années à la date de la décision contestée, qu'elle y est entrée accompagnée de ses deux enfants alors mineurs et que son troisième enfant est né sur le territoire le 21 juillet 2017. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que tous ses enfants sont scolarisés, que sa fille aînée est étudiante et a obtenu un titre de séjour en cette qualité, lequel ne lui donne pas vocation à se maintenir durablement en France, et que son cadet, devenu majeur quelques jours avant la décision attaquée, pourrait prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour compte tenu de l'âge auquel il est entré sur le territoire, ces circonstances ne font pas obstacle à ce qu'ils accompagnent leur mère en Géorgie, pays dont ils ont la nationalité et où ils pourront chacun poursuivre leur scolarité. De plus, Mme D, en dehors de ses trois enfants, ne possède aucune attache familiale en France, alors qu'elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue de liens dans son pays d'origine, où elle a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de 42 ans et où résident ses parents et sa fratrie. En outre, elle ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière sur le territoire. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Compte tenu de ce qu'il vient d'être dit, la décision attaquée ne saurait non plus être regardée comme étant contraire aux stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 à 11, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

17. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme D n'établit ni même n'allègue qu'elle peut être soumise à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

18. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 août 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller et Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

D. ELa présidente,

Signé

P. Bailly

La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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