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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204073

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204073

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 10 octobre 2022, Mme H, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " " étranger malade ", ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires à l'appui de sa demande de titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen approfondi de sa situation, dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui restituer son passeport ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à titre principal, à verser directement à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme H soutient que l'arrêté :

o est entaché d'un vice d'incompétence ;

o est insuffisamment motivé ;

o est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la disponibilité des soins et médicaments dans son pays d'origine ;

o est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'intensité, l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux en France ;

o est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conditions d'existence de l'intéressée, de son insertion dans la société française et de la nature des liens avec la famille restée dans le pays d'origine ;

o méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.

Par décision du 7 septembre 2022, Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision n° 2022/382/UE du 4 mars 2022 ;

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante congolaise née le 6 mars 1996 à Matadi, entrée en France selon ses dires le 4 février 2015, a effectué une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 17 novembre 2015, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 juin 2016. Mme H a, par la suite, sollicité le 2 juin 2017 la délivrance d'un titre de séjour, en qualité d'étranger malade, qui a été rejetée. Malgré ces différents refus, elle est restée en France et a donné naissance à son deuxième fils I A le 31 janvier 2019. Puis, le 29 octobre 2021, elle a effectué une nouvelle demande sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'étranger malade. Par l'arrêté attaqué du 6 mai 2022, le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2021-014 du 22 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Eure a donné délégation à Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Eure, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit, par suite, être écarté. Si l'arrêté ne fait aucune référence à une précédente demande de titre de séjour en tant que parent d'enfant français, l'intéressée doit être regardée comme y ayant renoncé, dès lors qu'elle a indiqué dans la fiche de renseignements remplie en préfecture que ses deux enfants étaient de nationalité congolaise.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

5. Il ressort des pièces produites en défense que la décision a été prise, sur avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en date du 10 mars 2022, par trois médecins régulièrement nommés par décision du 1er octobre 2021 et rendu au vu du rapport médical, établi le 2 mars 2022, par le docteur E F qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, cet avis, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatives notamment à la collégialité de l'avis, comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant : () ". Il est daté et signé par les trois médecins qui le composent. La requérante n'apportant aucun élément permettant de remettre en cause l'exactitude des mentions y étant portées, qui font foi jusqu'à preuve contraire, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

6. Pour rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme H, le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 425-9 du code précité, en reprenant les conclusions de l'avis du 10 mars 2022 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et peut voyager sans risque vers ce dernier. S'il est constant que la requérante suit un traitement lourd, régulièrement renouvelé et qu'elle souffre d'une pathologie psychiatrique chronique, ayant justifié plusieurs hospitalisations sous contrainte, le préfet démontre que des médicaments pour le traitement de la schizophrénie sont disponibles au Congo, ainsi que des antipsychotiques et des anxiolytiques équivalents à ceux qui lui sont prescrits en France. Dans ces conditions, alors que Mme H ne démontre pas, par les pièces produites à l'appui de sa requête, qu'elle ne pourrait être traitée par d'autres molécules que celles qui lui sont prescrites, celle-ci n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pourrait effectivement accéder à un traitement et à un suivi approprié dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation concernant la disponibilité des soins et des médicaments dans son pays d'origine doit être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme H déclare, dans sa fiche de renseignements complétée le 4 mai 2022, être célibataire et mère de deux enfants nés en 2014 et 2019, dont elle indique qu'ils sont tous deux de nationalité congolaise et affirme que sa famille composée de ses parents, ses sœurs et de son premier fils vivent actuellement au Congo. Mme H ne fait état d'aucune insertion particulière ni de ressources propres. Elle ne possède pas d'emploi et produit uniquement une attestation d'hébergement. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme H une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

9. La situation personnelle et familiale de la requérante, telle qu'elle a été précédemment exposée, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation concernant l'existence d'un motif humanitaire ou exceptionnel ne peuvent être accueillis.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme H aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme G et Mme C, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La présidente,

Signé

P. D

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

D. G

La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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