Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204128

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, M. E, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard en vertu des dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. E soutient que :

o il est mineur ;

o les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

o il n'est pas justifié de la compétence de leur auteur ;

o elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré 14 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Mme D a été désignée par le président du tribunal comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 19 octobre 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales :

- de Me Larousse, représentant le requérant, assisté par téléphone de Mme B, interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête ;

- et de M. E ;

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant guinéen, qui se déclare né le 2 mars 2006 est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2022. Il a été écroué le 17 juin 2022, à la suite de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Rouen, confirmée par la cour d'appel. Par arrêté du 13 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination. M. E demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, M. E soutient être né le 2 mars 2006 et être mineur. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a déclaré au cours de son audition être né le 29 mars 2004, que le contrôle de ses empreintes a révélé qu'il est connu sous des identités différentes, le nom étant identique mais l'année de naissance variant de 1999 à 2004, et qu'il a été estimé majeur à l'issue d'une enquête lors de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. S'il soutient disposer, dans une boutique située rue Lafayette à Rouen, d'un extrait d'acte de naissance, il est constant qu'il n'a produit cette pièce ni lors de son interpellation, ni au cours de son incarcération alors qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel en qualité de majeur.

3. En deuxième lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à

Mme A G, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer notamment, en l'absence de Mme C F, cheffe du bureau de l'éloignement, les décisions attaquées qui relèvent des attributions de ce bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui ont conduit à l'adoption des décisions attaquées. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, il est constant que le requérant est entré en France il y a moins d'une année et qu'il n'y dispose d'aucune attache familiale ou amicale. Il n'invoque aucun élément d'intégration et a fait l'objet d'une condamnation pénale pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail. Il n'est pas isolé dans son pays d'origine où réside sa mère. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E, et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 19 octobre 2022.

La magistrate désignée,

C. D

La greffière,

S. DANET

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.