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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204134

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204134

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

H une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 20 octobre 2022, Mme I G demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 H lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros H jour de retard sur le fondement des dispositions de l'article

L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Elle soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée H une autorité incompétente ;

- résulte d'une procédure ayant méconnu son droit d'être entendue, garanti H le droit de l'Union européenne ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée H une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été signé H une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

L'interdiction de circulation sur le territoire français :

- a été signée H une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

H un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision H laquelle Mme D a été désignée comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de la justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Larrousse, avocate commise d'office représentant

Mme G, qui reprend les moyens soulevés dans la requête, et qui soutient en outre que la mesure d'éloignement porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Mme G assistée de Mme B, interprète en langue italienne.

Le préfet du Calvados n'a été ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I G, ressortissante croate née le 1er janvier 2003, déclare être entrée en France en septembre 2022. Le 12 octobre 2022, elle a été interpellée et placée en garde à vue pour des faits de vol aggravé H trois circonstances. H arrêté du 13 octobre 2022, le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. H un arrêté du même jour, le préfet l'a placée en rétention administrative au centre de rétention administrative de Oissel (Seine-Maritime).

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée H M. C A, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet H un arrêté du 27 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal de l'audition de Mme G H les services de gendarmerie du 12 octobre 2021 que l'intéressée a été invitée à présenter des observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement ainsi que sur tous éléments relatifs à sa situation qu'elle aurait souhaité porter à la connaissance de l'autorité administrative. Le moyen tiré de ce qu'elle aurait été privée de son droit d'être entendue préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement attaquée manque donc en fait.

4. En troisième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour obliger Mme G à quitter le territoire français. Cette décision est, H suite, suffisamment motivée.

5. En quatrième lieu, en vertu de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'applique aux citoyens de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, H décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie H le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

6. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet du Calvados, pour faire obligation à Mme G de quitter le territoire français, a relevé que l'intéressée ne justifiait d'aucune activité professionnelle et ne disposait pas de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Le préfet a également relevé que Mme G, qui avait déclaré être entrée en France deux mois avant l'édiction de l'arrêté contesté, sans pouvoir en justifier, se déclare célibataire et sans enfant et n'allègue pas avoir de liens personnels et familiaux sur le territoire français. Enfin, l'arrêté contesté relève que l'intéressée a fait l'objet d'un placement en garde à vue le 12 octobre 2022 pour vol aggravé H trois circonstances et est déjà défavorablement connue des services de police pour des faits de tentative de vol H ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé H une autre circonstance commis le 19 décembre 2018 à F et ayant donné lieu à une condamnation à quatre mois d'emprisonnement H jugement du tribunal pour enfants de F du 2 octobre 2019. Compte tenu du caractère réitéré de faits délictueux et de la situation individuelle de l'intéressée, qu'elle ne conteste pas, le comportement personnel de Mme G doit être regardé comme constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à la sécurité publique des biens et des personnes, laquelle constitue un intérêt fondamental de la société. C'est donc à bon droit que le préfet du Calvados s'est fondé sur ces faits et agissements permettant de caractériser le comportement personnel de Mme G pour estimer que sa présence sur le territoire français constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société de nature à justifier l'édiction à son encontre, en application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 précitées, d'une mesure d'éloignement, en l'absence de tout élément permettant de caractériser une insertion particulière sur le territoire français.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue H la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme G, célibataire sans charge de famille, ne fait état d'aucune attache personnelle en France et a indiqué, au cours de l'audience publique, y être venue avec sa

grand-mère pour un court séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée, qui soutient être entrée en France récemment, serait dépourvue d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine. En conséquence, le préfet du Calvados, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. H suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, en se bornant à indiquer que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la requérante ne met pas la juridiction à même d'apprécier le bien fondé de ce moyen.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté pour les motifs exposés au point 2 du présent jugement.

12. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour fixer le pays de renvoi de Mme G. Cette décision est, H suite, suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que l'obligation faite à Mme G de quitter le territoire français n'est pas illégale. H suite, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dernier lieu, en se bornant à indiquer que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la requérante ne met pas la juridiction à même d'apprécier le bien fondé de ce moyen.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté pour les motifs exposés au point 2 du présent jugement.

17. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour refuser à Mme G un délai de départ volontaire. Elle est, H suite, suffisamment motivée.

18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que l'obligation faite à Mme G de quitter le territoire français n'est pas illégale. H suite, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

19. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le refus d'un délai de départ volontaire a été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle.

20. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne : " Les étrangers dont la situation est régie H le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

21. Pour les motifs exposés au point 7 du présent jugement, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées en estimant qu'il y avait urgence à éloigner Mme G. H suite, le moyen doit être écarté.

22. En dernier lieu, en se bornant à indiquer que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la requérante ne met pas la juridiction à même d'apprécier le bien fondé de ce moyen.

Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français :

23. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté pour les motifs exposés au point 2.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne : " L'autorité administrative peut, H décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

25. Pour faire interdiction à Mme G de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Calvados, après avoir visé les textes applicables, a pris en compte l'absence de liens familiaux de l'intéressée en France et le risque de récidive. La décision portant interdiction de circulation est donc suffisamment motivée en fait et en droit. H ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de cette décision, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'intéressée. Ce moyen doit, dès lors, être également écarté.

26. En troisième lieu, aucun des moyens dirigés contre la mesure d'éloignement n'étant fondé, le moyen tiré du défaut de base légale de l'interdiction de circulation sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

27. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, eu égard à la menace que fait peser Mme G sur un intérêt fondamental de la société au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français doit être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2022 pris à son encontre H le préfet du Calvados. H suite, les conclusions à fin d'annulation ainsi que, H voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I G et au préfet du Calvados.

Lu en audience publique le 21 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé :

L. DLa greffière,

Signé :

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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