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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204135

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204135

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 19 octobre 2022, Mme J G, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 I lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros I jour de retard sur le fondement des dispositions de l'article

L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Elle soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée I une autorité incompétente ;

- résulte d'une procédure ayant méconnu son droit d'être entendue, garanti I le droit de l'Union européenne ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est dépourvue de base légale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée I une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été signé I une autorité incompétente ;

- procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est dépourvu de base légale ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée I une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

I des mémoires en défense, enregistrés les 19 et 20 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision I laquelle Mme E a été désignée comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de la justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Larrousse, avocate commise d'office représentant

Mme G, qui reprend les moyens soulevés dans la requête, en insistant sur la minorité de Mme G ;

- les observations de Mme G assistée de Mme C, interprète en langue italienne.

Le préfet du Calvados n'a été ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme J G, ressortissante serbe née le 10 août 2003, se disant Mme A H, ressortissante croate née le 18 juin 2006, déclare être entrée en France en septembre 2022. Le 12 octobre 2022, elle a été interpellée et placée en garde à vue pour des faits de vol aggravé. I arrêté du 13 octobre 2022, le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le préfet l'a placée en rétention administrative au centre de rétention administrative de Oissel (Seine-Maritime).

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée I M. D B, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet I un arrêté du 27 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal de l'audition de Mme G I les services de gendarmerie du 12 octobre 2022 que l'intéressée a été invitée à présenter des observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement ainsi que sur tous éléments relatifs à sa situation qu'elle aurait souhaité porter à la connaissance de l'autorité administrative. Le moyen tiré de ce qu'elle aurait été privée de son droit d'être entendue préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement attaquée manque donc en fait.

4. En troisième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour obliger Mme G à quitter le territoire français. Cette décision est, I suite, suffisamment motivée.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a déclaré se nommer Gina H, née le 18 juin 2006. Le préfet soutient que la requérante se nomme J G, née le 10 août 2003, en se prévalant de la consultation I les services de gendarmerie du fichier du Traitement d'Antécédents Judiciaires Nouvelle Génération. Il ressort en effet de ce fichier, qu'au terme d'une comparaison faciale, la requérante présente une similitude à 68 % avec la photographie de Mme G, enregistrée dans la base le 20 mars 2018 pour des faits similaires à ceux pour lesquels la requérante a été interpellée dans le Calvados. Ce faisant, le préfet apporte des éléments de fait susceptibles de faire présumer la majorité de la requérante. La requérante se borne, pour sa part, à soutenir qu'elle se nomme

Mme H et qu'elle est mineure sans en apporter le moindre commencement de preuve et en ayant systématiquement refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet a retenu l'identité de Mme G et l'a ainsi considérée majeure. I conséquent, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En cinquième lieu, si Mme G soutient être de nationalité croate et bénéficier à ce titre des dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne, elle n'en apporte aucun commencement de preuve. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de base légale doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue I la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si Mme G fait valoir qu'elle est arrivée en France récemment pour suivre sa famille et vit dans un camp de gens du voyage avec ses parents et ses quatre frères et sœurs, elle ne l'établit pas. En outre, Mme G ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire français. I suite, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, garanti I les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet du Calvados, en faisant obligation à Mme G de quitter le territoire français, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté pour les motifs exposés au point 2 du présent jugement.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour fixer le pays de renvoi de Mme G. Cette décision est, I suite, suffisamment motivée.

11. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que l'obligation faite à Mme G de quitter le territoire français n'est pas illégale. I suite, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant son pays de renvoi.

12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

13. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En dernier lieu, en se bornant à indiquer que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la requérante ne met pas la juridiction à même d'apprécier le bien fondé de ce moyen.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté pour les motifs exposés au point 2.

16. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour refuser à Mme G un délai de départ volontaire. Elle est, I suite, suffisamment motivée.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que l'obligation faite à Mme G de quitter le territoire français n'est pas illégale. I suite, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

18. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le refus d'un délai de départ volontaire a été précédé d'un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

19. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur de base légale doit être écarté.

20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

21. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée,

Mme G n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et était dépourvue de tout document de voyage et d'identité. Elle a, en outre, refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales et ne justifiait d'aucune résidence effective et permanente en France. Dans ces circonstances, le préfet a pu légalement retenir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et refuser pour ce motif un délai de départ volontaire à Mme G. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté, en l'absence de tout élément de nature à justifier l'octroi d'un tel délai à la date de la décision attaquée.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté pour les motifs exposés au point 2.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée I l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

24. La décision attaquée, qui vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les éléments de fait relatifs à la durée de séjour en France de Mme G et à sa situation personnelle et familiale en relevant notamment qu'elle ne justifie pas de liens personnels et familiaux sur le territoire français. Cette décision énonce également que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement, est suffisamment motivée.

25. En troisième lieu, aucun des moyens dirigés contre la mesure d'éloignement n'étant fondé, le moyen tiré du défaut de base légale de l'interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

26. En dernier lieu, Mme G se prévaut d'une durée de résidence en France de trois mois et ne justifie pas de liens personnels et familiaux sur le territoire français. Alors même qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires pouvaient justifier que le préfet du Calvados s'abstienne d'éditer une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

27. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2022 pris à son encontre I le préfet du Calvados. I suite, les conclusions à fin d'annulation ainsi que, I voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J G et au préfet du Calvados.

Lu en audience publique le 21 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé :

L. ELa greffière,

Signé :

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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