mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204199 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022 sous le n° 2203847, M. C B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer son admission au séjour dans le délai de deux mois, suivant la notification de la décision à intervenir et dans l'attente de l'une ou l'autre de ces injonctions, de lui remettre au plus tard dans les 8 jours une autorisation provisoire au séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros HT au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 valant renonciation à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
la décision portant refus de titre de séjour :
- méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'accès aux informations, le droit d'être entendu, les obligations de motivation et d'examen sérieux et complet de la demande ;
- n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 423-23 de ce code et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'accès aux informations, le droit d'être entendu, les obligations de motivation et d'examen sérieux et complet de la demande ;
- est illégale car fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;
- est contraire à la jurisprudence Diaby et méconnaît l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision fixant le pays de destination :
- méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense incluant le droit d'accès aux informations, le droit d'être entendu, les obligations de motivation et d'examen sérieux et complet de la demande ;
- est illégale car fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 03 octobre 2022, le préfet de la
Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 août 2022.
II. Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, sous le n° 2204199, M. C B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler les modalités d'assignation à résidence en exigeant qu'il ne se présente qu'une fois par semaine, uniquement le vendredi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 080 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen complet et sérieux de sa situation ;
- il est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté du 28 avril 2022 portant refus de titre et obligation de quitter le territoire ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Mme A a été désignée par le président du tribunal comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 24 octobre 2022, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :
-les observations de Me Leroy pour M. B qui reprend la teneur de ses écritures qui insiste sur le fait que le requérant n'a pas bénéficié du droit d'être entendu, que le préfet de la Seine-Maritime ne justifie pas de l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement et que l'analyse documentaire produite ne permet pas de remettre en cause l'Etat civil de
M. B et notamment son âge, seul motif opposé à sa demande de titre de séjour.
-les observations de M. B.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, né le 17 février 2002 à Bamako (Mali), de nationalité malienne, est entré en France le 1er janvier 2017 alors qu'il était mineur et a été placé à l'aide sociale à l'enfance avant d'être mis sous la tutelle du président du Conseil départemental de la Seine-Maritime par jugement du tribunal de grande instance du Havre du 28 avril 2017. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'article L.313-11-2 bis devenu L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 4 décembre 2020. Par un arrêté du 28 septembre 2022, notifié le 23 mai 2022, dont il demande l'annulation dans l'instance n° 2203847, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par un arrêté du 18 octobre 2022 dont il demande l'annulation dans l'instance n° 2204199, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son égard une assignation à résidence de quarante-cinq jours. Il y a lieu de statuer sur ces deux requêtes qui concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune, par un seul jugement dans les limites de la compétence du magistrat désigné.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C B à l'aide juridictionnelle dans l'instance 2204199.
Sur l'étendue du litige :
3. En application des articles L. 614-7 et L 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions de la requête n° 2203847 dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et détermination du pays de destination, comprises dans l'arrêté préfectoral du 28 avril 2022, relèvent de la compétence du magistrat désigné par le président du tribunal, dès lors que
M. B a été assigné à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du même code. Les conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour figurant dans l'arrêté précité du 28 avril 2022 relèvent en revanche de la compétence d'une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré sur le territoire à l'âge de 14 ans, a fait l'objet d'une décision de placement provisoire jusqu'au 16 février 2020 dès le 26 janvier 2017 auprès des services de l'aide sociale à l'enfance qui a été confirmée par un jugement de placement en date du 26 janvier 2017. Il établit avoir été scolarisé durant les années scolaires 2016-2017 et 2017-2018 au sein du collège Gounod à Canteleu (76380) puis durant les années 2018-2019 et 2019-2020 au Lycée des métiers Le Corbusier à Saint-Etienne-du-Rouvray (76 800) dans une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de peintre-applicateur de revêtement à l'issue de laquelle il a obtenu son diplôme le 6 juillet 2020. Un avis de Mme Begot, conseillère de la mission locale de l'agglomération rouennaise témoigne de la volonté de progression de M. B dans son domaine professionnel. Il a suivi un stage de formation échafaudage le 15 février 2021. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a signé un contrat à durée déterminée d'insertion avec la société Afpac Entreprise d'insertion (AEI) pour un emploi de peintre correspondant à sa qualification, prenant effet le 4 janvier 2021 et ayant été prorogé par deux fois jusqu'au 31 octobre 2021. Si M. B s'est inscrit à Pôle Emploi en décembre 2021, il ressort des pièces produites qu'il a bénéficié d'un contrat du parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie à compter du 21 février 2022 et qui devait s'achever le 20 février 2023 et qu'un contrat à durée déterminée de huit semaines avec la SAS Ravet lui a permis d'exercer son activité de peintre ravaleur à compter du 7 juin 2022. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, alors même que M. B ne remplit pas les conditions posées à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il avait terminé ses études au jour de la décision contestée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. B doit être retenu compte tenu des circonstances qu'il n'était âgé que de 14 ans à son arrivée en France, qu'il y a suivi un parcours scolaire régulier et diplômant, qu'il réside sur le territoire depuis plus de 5 ans et qu'il y occupe des emplois de brève durée mais toujours en relation avec sa formation. Il y a lieu, par suite, d'accueillir l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, invoquée par le requérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, doit être accueilli. L'annulation de la mesure d'éloignement du 28 avril 2022 emporte, par voie de conséquence, celle de l'acte du même jour fixant le pays de destination ainsi que celle de l'arrêté du 18 octobre 2022 assignant le requérant à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article
L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin à l'assignation à résidence et que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. B dans un délai qu'il convient de fixer à un mois à compter de la notification de la présente décision. L'administration munira le requérant, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance 2204199.
Article 2 : Les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a, le 28 avril 2022, obligé M. B à quitter le territoire français et fixé le pays de destination, sont annulées.
Article 3 : L'arrêté du 18 octobre 2022, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. B à résidence, est annulé.
Article 4 : Le préfet de la Seine-Maritime remettra à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Tous les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de de l'instance n° 2203847 pendante devant une formation collégiale du tribunal.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
La magistrate désignée,
Signé :
C. A
La greffière,
Signé :
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203847-2204199
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026