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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204205

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204205

mercredi 6 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3P
Avocat requérantGARRAUD-OGEL-LARIBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête ainsi que deux mémoires en réplique et en production de pièces, enregistrés le 20 octobre 2022, le 15 mars 2023 et le 17 mars 2023, Mme D C et M. A B, agissant en qualité de représentants de leur fille, représentés par la SCP Garraud Ogel Haussetete demandent au tribunal :

1. d'annuler la décision du 19 septembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté leur recours dirigé contre le refus du 5 avril 2022 de leur attribuer une carte mobilité inclusion (CMI) mention " stationnement " au profit de leur fille :

2. de leur attribuer le bénéfice de cette carte au profit de leur fille ;

3. de mettre à la charge du département la somme de 800 euros au titre du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser directement à leur conseil.

Ils soutiennent que :

* leur fille, E, présente des troubles de l'équilibre, une gestion corporelle difficile, des troubles praxiques visuo-spatiaux et est totalement dépendante de l'adulte ;

* ces troubles réduisent de manière importante et durable sa capacité d'autonomie de déplacement à pied ou impose qu'elle soit accompagnée d'une tierce personne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Deflinne en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'action sociale et des familles ;

* le code de la sécurité sociale ;

* l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

* le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. B ont sollicité le bénéfice d'une CMI mention " stationnement " au profit de leur fille, E, née le 4 avril 2010. Par décision du 4 avril 2022 qui leur a été adressée par courrier du 5 avril 2022, le département de la Seine-Maritime refusait de faire droit à leur demande. Ils ont contesté ce refus par courrier du 3 juin 2022. Leur recours a été rejeté par décision du 19 septembre 2022 qui leur a été adressée par courrier du 21 septembre 2022. Mme C et M. B demandent l'annulation des décisions intervenues et que leur soit attribué le bénéfice de la carte sollicitée au profit de leur fille.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- La carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention "stationnement pour personnes handicapée" est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. () ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : () 3° Apprécier : a) Si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution, pour l'enfant ou l'adolescent, () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code et, pour l'adulte, de l'allocation prévue aux articles L. 821-1et L. 821-2 du code de la sécurité sociale ainsi que de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV.- Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. () ". Aux termes de l'annexe à l'arrêté du 3 l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - () 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. Cette condition n'est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée. 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte de stationnement pour personnes handicapées ou d'une CMI portant la mention " stationnement pour personnes handicapées", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte de l'instruction que E F, née le 4 avril 2010, à qui un taux d'incapacité compris entre 50 % et 79 % a été reconnu, est notamment atteinte de troubles autistiques. L'évaluation du 14 mars 2023 de l'ergothérapeute qui accompagne l'enfant dont les constatations ne sont pas remises en cause par le département de la Seine-Maritime indique que la jeune E ne peut franchir un obstacle supérieur à 5 cm sans appui sur un membre supérieur ou l'aide d'une personne, qu'elle ne peut pas se déplacer de façon autonome sur une distance de 100 mètres en raison tant de ses difficultés physiques que du risque qu'elle représente pour elle-même, et que l'aide d'un adulte lui est également nécessaire pour se déplacer sur des sols irréguliers ainsi que pour se relever en cas de chute. Dès lors, le handicap de l'enfant engendre des contraintes de déplacement nettement plus lourdes que pour un enfant du même âge et nécessite qu'elle soit systématiquement accompagnée par une tierce personne lors de ces déplacements.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il y a lieu, d'une part, d'annuler la décision du département de la Seine-Maritime du 19 septembre 2022 et, d'autre part, d'attribuer à la fille de Mme C et M. B une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée qu'il convient, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à deux ans. La délivrance de la carte devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Il y a lieu de condamner le département de la Seine-Maritime à verser à Mme C et M. B une somme de 800 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 19 septembre 2022 du département de la Seine-Maritime est annulée.

Article 2 : La carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à Mme E F pour une durée de deux ans. Cette carte devra lui être délivrée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département de la Seine-Maritime versera une somme de 800 euros à Mme C et M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A B et au président du conseil départemental de la Seine-Maritime.

Copie pour information en sera adressée à la maison des personnes handicapées de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe 6 mars 2024

Le magistrat désigné,

T. DEFLINNE

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204205

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