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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204240

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204240

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. E B D, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B D soutient que :

* Le refus de séjour :

- est entaché d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

* L'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- a été pris sans avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- repose sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* La décision fixant le pays de destination :

- a été édictée sans respect de son droit d'être préalablement entendu ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'interprétation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 21 septembre 2022 d'admission totale à l'aide juridictionnelle ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées pour M. B D le 2 décembre 2022 et le 10 janvier 2023.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Vercoustre, pour M. B D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant congolais (Brazzaville), est entré en France en juillet 2017 à l'âge de 51 ans. Après le rejet de sa demande d'asile, il a demandé la délivrance d'une carte de séjour en raison de son état de santé. Par l'arrêté du 22 juillet 2022 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, en vertu de l'article 4 de l'arrêté du 26 avril 2022 du préfet de la Seine-Maritime, publié au Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° spécial 76-2022-066 du 26 avril 2022, Mme Julia Le Fur, secrétaire général de la sous-préfecture du Havre, a reçu délégation pour signer les décisions pouvant l'être par M. A C, sous-préfet de Dieppe chargé de l'intérim des fonctions de sous-préfet du Havre, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à l'exception de six rubriques dont ne relèvent pas les mesures de police spéciale des étrangers. Le requérant n'établit pas que M. C, intérimaire jusqu'à l'installation du sous-préfet du Havre intervenue le 25 juillet 2022, n'était ni absent ni empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de séjour attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral en litige cite les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont M. B D a demandé le bénéfice et énonce les motifs de fait, propres à sa situation personnelle et familiale, à son état de santé en particulier. Par suite, la décision de refus de séjour, qui comporte les considérations de droit et de fait constituant son fondement, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, l'avis du collège médical de l'OFII du 4 avril 2022 étant produit au dossier par le préfet, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise sans consultation préalable de cette instance. Il ressort de cet avis, que le préfet ne s'est pas cru dans l'obligation de suivre même s'il s'en est approprié le sens, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé congolais, M. B D peut bénéficier effectivement, dans son pays d'origine, d'un traitement adapté à l'hypertension artérielle et au syndrome d'apnée du sommeil dont il est atteint. L'unique attestation d'un pneumologue d'une clinique privée de Brazzaville du 8 octobre 2022 affirmant que la polysomnographie ne se pratique pas, que l'appareillage (appareil PPC) n'est pas disponible et que la prise en charge des apnées obstructives du sommeil est impossible à Brazzaville, au Congo, en raison de l'insuffisance du plateau technique ne permet pas de renverser l'appréciation portée par l'administration sur l'offre sanitaire de ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui posent les conditions d'attribution de la carte de séjour pour motif de santé doit être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B D a déclaré avoir six enfants dans son pays d'origine. Y demeurent aussi trois sœurs. La présence d'un frère et de cousins en France ne suffit pas à estimer que sa vie privée et familiale se situe essentiellement sur le territoire national même s'il y a noué des relations amicales, a participé à des ateliers d'insertion professionnelle en 2018 et a été bénévole pour l'organisation de deux événements au Havre en 2019. Son implication en qualité de percussionniste dans une association de musique et danse africaines ne suffit pas à manifester une intégration sociale particulière en France. La cérémonie de baptême républicain dont il a bénéficié et l'attachement à la France à travers la mémoire des anciens combattants n'est pas non plus de nature à estimer, au vu des attaches familiales importantes au Congo, que le refus de séjour porte une atteinte excessive au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, pour le même motif, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

7. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour le motif énoncé au point 2.

8. En deuxième lieu, la production de l'avis du collège médical de l'OFII mentionné au point 4 est de nature à écarter le moyen tiré de ce que le préfet se serait abstenu de consulter cette instance avant de prononcer la mesure d'éloignement.

9. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français ne repose pas sur une décision de refus de séjour entachée d'illégalité, ainsi qu'il résulte des points 2 à 6.

10. En quatrième lieu, pour le motif énoncé au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui protègent de l'éloignement, sous certaines conditions, les étrangers en raison de leur état de santé, doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les motifs énoncés aux points 5 et 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas établis par les pièces du dossier.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été pris au vu d'une demande de titre de séjour. Le requérant était donc en mesure de faire valoir tous éléments pouvant exercer une influence sur l'appréciation portée sur son dossier, y compris en ce qu'il a trait à la détermination du pays de destination. M. B D, qui a relaté les risques qu'il craint en cas de retour dans son pays d'origine, n'apporte aucune précision sur tel autre élément qui aurait été susceptible d'exercer une influence sur son cas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable doit être écarté dans les circonstances de l'espèce.

13. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination repose sur une obligation de quitter le territoire français qui n'est pas entachée d'illégalité, ainsi qu'il résulte des points 7 à 11.

14. En troisième lieu, si la qualité d'ancien militaire de M. B D n'est pas contestée, les circonstances dans lesquelles il aurait essuyé des attaques rebelles en octobre 2016 et, surtout, la persécution dont il serait en proie de la part du régime après qu'il aurait été considéré comme favorable aux rebelles et donc comme ayant trahi ne sont pas suffisamment étayées par les pièces produites. Par suite, comme l'ont d'ailleurs estimé les organes de protection des réfugiés, il n'apparaît pas établi que l'intéressé encourrait un risque personnel et actuel de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auxquelles renvoient les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En dernier lieu, pour les motifs indiqués aux points 5, 6 et 14 du jugement, l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas établie.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B D, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

Signé

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2204240

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