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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204259

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204259

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSEL ABDEL ALOUANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Alouani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

' Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

' L'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- repose sur un refus de séjour illégal.

' L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 28 novembre 2022 constatant la caducité de la demande d'aide juridictionnelle ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Minne, président de chambre a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, est entré en France en juin 2015 à l'âge de quatorze ans. Après s'être marié avec une ressortissante française le 11 décembre 2021, il a demandé la délivrance d'une carte de séjour que le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé par l'arrêté du 17 août 2022 contenant une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois dont l'annulation est demandée.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté cite les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le bénéfice était demandé par l'intéressé ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 dont le préfet a fait spontanément application. L'arrêté comporte les considérations de fait qui constituent le fondement du refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 10 de l'accord franco-tunisien régit entièrement les conditions d'attribution de la carte de résident de dix ans demandée par le ressortissant tunisien marié à un Français. M. B ne remplit pas la condition de régularité du séjour ni la condition d'ancienneté de mariage prévues par les stipulations du a) de l'article 10 de cet accord bilatéral. Il n'est donc pas fondé à invoquer leur méconnaissance par l'autorité administrative.

4. En troisième lieu, les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire pour le Tunisien conjoint de Français sont, en vertu de l'article 11 de l'accord franco-tunisien, prévues par la législation française. L'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile subordonne la délivrance de cette carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " à, notamment, la justification de l'entrée régulière sur le territoire national. Aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " I. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent () " Ces conditions de déclaration d'entrée sont précisées par l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que par ses articles R. 621-2 et suivants. L'arrêté interministériel du 9 mars 1995 relatif à la déclaration d'entrée sur le territoire, publié au Journal officiel de la République française du 11 mars 1995, comprend, en annexe, un modèle de déclaration d'entrée et précise que la déclaration est souscrite auprès des services de police ou, à défaut, de douane ou des unités de gendarmerie nationale présents à la frontière ou encore, être sans délai souscrite auprès d'un commissariat de sécurité publique ou d'une brigade de gendarmerie nationale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de la codification du décret du 8 février 1993 pris pour l'application des articles 19, 20 bis et 22 de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, ne serait pas applicable au motif que l'arrêté ministériel définissant ses modalités d'application n'a jamais été édicté doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il est constant que M. B est au nombre des ressortissants tunisiens soumis à l'obligation de détenir un visa pour entrer en France pour un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois. Il n'était par ailleurs pas détenteur d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990. Il n'entrait donc pas dans les cas de dispense de déclaration d'entrée prévus par l'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la souscription de la déclaration d'entrée était une condition de la régularité de son entrée en France. En l'espèce, muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises valable du 15 juin 2015 au 15 septembre 2015, M. B est arrivé à Genève le 19 juin 2015. Il est ensuite entré en France, à une date qu'il ne précise d'ailleurs pas, sans souscrire la déclaration d'entrée à laquelle il était astreint dès lors qu'il venait de Suisse, Etat partie à la convention de Schengen depuis 2008. A supposer établie la circonstance que, selon une pratique générale, les services français de police, de gendarmerie ou de douanes aux frontières n'apposent pas de tampon sur le passeport d'un étranger en provenance d'un Etat partie à la convention de Schengen, le requérant ne soutient pas avoir demandé que son passeport fût visé, ni s'être rendu dans un bureau de police ou de gendarmerie pour souscrire la déclaration d'entrée après son arrivé en France. Par suite, ne justifiant pas d'une entrée régulière sur le territoire français, il ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions précitées des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour solliciter une carte de séjour en qualité de conjoint d'une Française avec laquelle il s'est marié le 11 décembre 2021.

6. En cinquième lieu, aucun justificatif d'une vie commune avec Mme A avant comme après le mariage, très récent à la date de la décision attaquée, n'est apporté au dossier par le requérant, qui déclare demeurer à une adresse distincte de celle de son épouse. M. B n'est pas sans liens en Tunisie où résident ses parents. La présence de nombreux membres de sa famille en France ainsi que sa durée de présence conséquente depuis son arrivée à l'âge de quatorze ans sont établies mais l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée le 4 février 2021 dont le tribunal a reconnu la légalité après avoir examiné les divers aspects de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime a appliquées spontanément au cas de M. B doit être écarté.

7. En dernier lieu, les éléments analysés ci-avant, même assortis du fait que M. B ait suivi une scolarité sans embuche en France depuis son arrivée ne caractérisent pas une erreur manifeste d'appréciation eu égard à l'édiction d'une précédente mesure d'éloignement et aux effets limités d'un retour dans le pays d'origine pour solliciter le visa nécessaire à la délivrance d'une carte de séjour en qualité d'époux d'une Française.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, disposait d'une délégation en vertu de l'arrêté du 1er avril 2022 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2022-055 du même jour, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de sa direction, notamment les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé.

9. En second lieu, l'obligation de quitter le territoire français ne repose pas sur une décision de refus de séjour illégale, ainsi qu'il est dit aux points 2 à 7.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la décision doit être écarté pour le motif énoncé au point 8.

11. En deuxième lieu, un délai de départ volontaire ayant été accordé à M. B, le préfet n'était pas tenu de prendre une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable au cas du requérant, est inopérant.

12. En dernier lieu lieu, en raison notamment d'une précédente mesure d'éloignement, dont la validité a été reconnue par la juridiction administrative, et en dépit de la célébration du mariage intervenue depuis lors, le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un mois ne révèle pas une erreur d'appréciation de la situation personnelle et familiale du requérant.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la SEL Abdel Alouani et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseur le plus ancien,

T. DEFLINNE

Le greffier,

N. BOULAY

7.

8.

N°2204259

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