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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204342

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204342

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2022, M. A H B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le principe général du droit de l'Union Européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable a été méconnu ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision fixant le pays de destination :

- est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Inquimbert, représentant M. B, assisté de Mme E, interprète en langue anglaise, langue qu'il a déclarée parler lors de son audition du 11 octobre 2022, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que M. B maîtrise insuffisament la langue anglaise pour avoir pu comprendre pleinement les questions posées lors de son audition du 11 octobre 2022 et que M F n'a pas été poursuivi pour l'infraction de travail dissimulé.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant vietnamien né le 9 avril 1998, déclare être entré en France en octobre 2022 muni d'un passeport en cours de validité délivré par les autorités polonaises valable du 25 janvier 2022 au 14 janvier 2023. Le 11 octobre 2022, il a été interpelé en flagrant délit d'exécution d'un travail dissimulé. Par l'arrêté attaqué du 11 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 22-052 du 29 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme C G, attachée, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " mesures d'expulsion " et les " mesures d'éloignement des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu le 11 octobre 2022 en présence d'un interprète de langue anglaise, langue qu'il a déclaré parler lors de cette audition, par les services de la police aux frontières sur sa situation administrative, son parcours et les raisons de son départ de Vietnam, sa situation familiale ainsi que ses moyens de subsistance. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui, de surcroît, ne fait pas état de nouveaux éléments dans le cadre de la présente instance, aurait été privé de la possibilité de présenter, au cours de cette audition, des éléments propres à sa situation personnelle et susceptibles d'exercer une influence sur le sens ou le contenu des décisions prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

6. Aux termes de l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e ()/ 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22 ". L'article 22 de cette même convention stipule : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent./ Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. ".

7. En vertu de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger, au moment où il pénètre sur le territoire français en provenance du territoire d'un Etat partie à la convention de Schengen, doit souscrire la déclaration prévue à l'article 22 de la convention du 19 juin 1990. L'article R. 621-2 de ce code dispose : " () l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. ". La déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, et dont le caractère obligatoire résulte de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conditionne la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention, qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

8. II ressort des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet de la Seine-Maritime a fondé sa décision notamment sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour justifier de la régularité de son entrée en France, M. B produit une copie de son passeport revêtu d'un visa Schengen d'une durée de 355 jours délivré par les autorités polonaises, et valable du 26 janvier 2022 au 14 janvier 2023, et justifiant de son arrivée à Varsovie le 5 juillet 2022. M. B ne produit toutefois aucun élément à l'appui de sa requête justifiant de son entrée en France pendant la durée de validité de son visa. Il n'établit ni même n'allègue, au demeurant, avoir souscrit la déclaration prévue par les dispositions de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ces éléments qu'en fondant sa décision de refus de séjour sur l'absence de justification de l'entrée régulière de M. B sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-1 1°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

10. Si M. B fait état de la présence en France de sa sœur et de la famille de cette dernière, il n'établit pas qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, dès lors que notamment sa femme, ses parents et son frère y demeurent. Les circonstances selon lesquelles il apporte de l'aide à son beau-frère, lequel gère deux restaurants et un commerce, qu'il est hébergé dans un logement appartenant à celui-ci et qu'il garde sa nièce et son neveu afin de soutenir sa sœur ne sauraient suffire à caractériser une insertion personnelle et sociale sur le territoire français. Il indique par ailleurs être titulaire d'un contrat de travail en qualité d'ouvrier en soudure en Pologne et avoir déposé auprès des autorités polonaises une demande de titre de séjour le 11 août 2022. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de la Seine-Maritime aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A H B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

L. D

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

SG

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