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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204380

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204380

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 janvier 2023, M. B F, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée d'une saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Yousfi, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né le 16 octobre 1994, déclarant être entré en France le 19 avril 2019 muni d'un visa court-séjour délivré par les autorités espagnoles, conteste l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 28 septembre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire, fixant son pays de destination et l'interdisant de retour en France pour une durée d'un mois.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. G E, directeur des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet de la Seine-Maritime par l'arrêté n° 22-052 du 29 août 2022. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions qui le composent. L'arrêté est donc suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi que des motifs de l'arrêté litigieux, que l'adoption des décisions qu'il comporte a été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

Sur le refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit ; () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

6. Au cas d'espèce, M. F a obtenu un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles au moyen duquel il est entré en Espagne, le 15 avril 2019, puis en France, le 19 avril 2019, sans toutefois avoir souscrit la déclaration prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, qui constitue une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention l'ayant admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Dans ces conditions, son entrée en France est irrégulière, ainsi que l'a relevé à bon droit l'administration. Dès lors, et pour ce seul motif, le préfet de la Seine-Maritime pouvait légalement refuser à M. F la délivrance d'un titre de séjour " conjoint de Français " sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien susvisé.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Au cas d'espèce, M. F ne peut valablement se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire national, celle-ci résultant, notamment de ce qu'il ne s'est pas conformé à la précédente obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre en octobre 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen en date du 2 décembre 2020. Son mariage avec une ressortissante française est intervenu le 19 décembre 2020, alors que l'intéressé, qui se savait sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire et qui s'était vu notifier le rejet du recours en annulation dirigé contre cette mesure, ne pouvait ignorer la précarité de sa situation administrative. Il doit, au demeurant, être relevé, à cet égard, que M. F s'est maintenu sur le territoire national durant près de trois ans, d'avril 2019 à mars 2022, sans engager aucune démarche visant à régulariser sa situation. La vie commune avec son épouse n'est pas démontrée par les pièces versées aux débats, et notamment pas par les deux succinctes attestations rédigées par des membres de la famille du requérant, tout particulièrement eu égard à la durée alléguée de cette relation, que l'intéressé fait remonter au mois d'août 2019. La relation avec les enfants de A D ne l'est pas davantage, en l'absence du moindre élément produit en ce sens, à l'exception d'une attestation d'assurance scolaire établie au nom du requérant et de son épouse, de sorte que le refus de séjour litigieux, ne saurait, en tout état de cause, être regardé comme préjudiciant à leur intérêt supérieur. M. F ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à son retour temporaire dans son pays d'origine pour y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une Française. La promesse d'embauche non signée, non tamponnée et datée du mois de juillet 2021, dont se prévaut l'intéressé ne saurait, à elle seule, démontrer l'insertion professionnelle du requérant, en l'absence de tout autre élément révélant une quelconque activité professionnelle actuelle ou passée, ou l'inscription dans une formation qualifiante. Enfin, le requérant ne conteste pas disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident, notamment, ses parents et sa fratrie et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Dans ces conditions, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise, pas plus qu'il n'a lésé l'intérêt supérieur des deux enfants de A D. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.

9. En troisième lieu, M. F ne justifie d'aucunes circonstances humanitaires ni plus que d'aucun motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant que le préfet de la Seine-Maritime fasse usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls ressortissants étrangers mariés à des ressortissants français qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

11. Eu égard à ce qui a été exposé aux points précédents, dès lors que M. F ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour temporaire, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

12. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, le refus de séjour opposé à M. F n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite.

14. En second lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés pour les motifs exposés au point n°8.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, l'obligation faite à M. F de quitter le territoire national n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

16. En second lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés pour les motifs exposés au point n°8.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, l'obligation faite à M. F de quitter le territoire national n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

18. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. F ne s'est pas conformé à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, malgré le rejet du recours en annulation introduit contre cette décision. Dès lors, et eu égard aux caractéristiques de sa vie privée et familiale telles qu'analysées au point n°8, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois.

19. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n°8, la décision ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pas plus qu'elle ne procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

C. C

La présidente,

Signé

A. GAILLARD

Le greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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