lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204387 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | GRAVELOTTE BERENGERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022 à 14 heures 23, M. A E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.
Il soutient que les décisions en litige sont insuffisamment motivées, qu'elles ont été prises par une autorité incompétente et qu'elles sont entachées d'une méconnaissance de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme I comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Gravelotte, représentant M. E, qui reprend les termes de la requête, dépose des pièces et fait valoir la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour ;
- les observations de M. E, assisté de M. G, interprète en arabe.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté attaqué du 31 octobre 2022, le préfet du Calvados a obligé M. E, ressortissant tunisien, à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte commun à toutes les décisions attaquées :
2. M. H de Lara, sous-préfet chargé de mission, sous-préfet à la relance auprès du préfet du Calvados, a reçu délégation de celui-ci, par arrêté du 27 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la même date, pour signer, lorsqu'il est chargé de la permanence nécessaire à la continuité du fonctionnement du service public dans le département, l'ensemble des décisions de la nature de celles contenues dans l'arrêté en litige. Il est établi que M. de Lara assurait la permanence le 31 octobre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision en litige, qui cite le 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. E ne peut justifier être entré régulièrement en France et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, est suffisamment motivée en droit et en fait.
4. En deuxième lieu, si M. E soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française enceinte de trois mois et demi et qu'il est hébergé chez le père de celle-ci, M. F C, aucune des pièces versées au dossier ne permet d'établir l'existence d'un lien affectif entre M. E et Mme B D qui serait sa concubine enceinte. L'attestation d'hébergement de M. F C, père supposé de Mme D, n'en fait notamment pas état. Dans ces conditions, et dès lors que M. E n'est présent en France que depuis environ trois mois, la décision en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée, ni comme étant entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation portée sur ses conséquences pour sa situation personnelle, ni comme constitutive d'une méconnaissance de sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
5. En premier lieu, la décision en litige, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que M. E n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine est suffisamment motivée en droit et en fait.
6. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de sa situation personnelle, qui ne sont pas assortis d'autres développements que ceux exposés ci-dessus doivent être écartés comme dit au point 4.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".
8. En premier lieu, la décision en litige, qui cite les dispositions citées ci-dessus et énonce notamment que M. E est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité de titre de séjour et qu'il ne présente pas de garantie de représentation, étant dépourvu de document d'identité et n'ayant pas pu fournir une adresse, est suffisamment motivée en droit et en fait.
9. En deuxième lieu, eu égard aux éléments rappelés au point 8 sur la situation administrative de M. E, sur l'absence de document d'identité et l'absence de résidence permanente, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L 612-2 et L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ou sans entacher sa décision d'une méconnaissance de la situation personnelle du requérant, refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.
Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
10. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
11. En premier lieu, la décision attaquée qui rappelle les dispositions de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. E déclare être arrivé en France depuis trois mois seulement, qu'il n'établit pas vivre en concubinage avec Mme D laquelle serait enceinte, qu'il a fait l'objet d'un placement en garde à vue le 31 octobre 2022 pour des faits de violence aggravés par deux circonstances seulement trois mois après son arrivée sur le territoire français, est suffisamment motivée en droit et en fait.
12. En deuxième lieu, comme dit précédemment, M. E n'est présent en France que depuis environ trois mois, n'a pas cherché à régulariser sa situation, a refusé, lors de sa garde à vue, la consultation des fichiers VISABIO et SBNA et ne se prévaut pas d'autres liens que ceux, nullement établis, qu'il entretiendrait avec Mme D. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis une erreur manifeste d'appréciation, ni entaché sa décision d'une méconnaissance de la situation personnelle du requérant en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, cette décision ne peut non plus être regardée comme portant au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions de M. E aux fins d'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2022, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Calvados.
Lu en audience publique le 7 novembre 2022.
La magistrate désignée,
A. ILa greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026