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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204405

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204405

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantABASSADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022, Mme B E représentée par Me Abassade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre le préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire valable un an, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, en tout état de cause, dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

La décision de refus de séjour :

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit

d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit

d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante ivoirienne, née le 11 novembre 1994, est entrée en France le 3 avril 2022 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises à Abidjan. Le 4 juillet 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 août 2022, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par sa requête enregistrée le 31 octobre 2022, la requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-014 du 22 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Eure a donné délégation à Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Eure, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 423-7 et L. 423-23, dont le préfet a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme E. Elle mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé, en particulier, l'absence de la condition de résidence habituelle en France de l'enfant et la situation familiale de l'intéressée sur le territoire national et à l'étranger. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 17 août 2022, que le préfet de l'Eure a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme E avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que, pour le cas où la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " est demandée par un étranger au motif qu'il est parent d'un enfant français, la délivrance de plein droit de ce titre est subordonnée, à la condition, notamment, que l'enfant réside en France. De fait, il n'est pas seulement requis la présence de l'enfant sur le territoire français, mais il est exigé que l'enfant réside en France, c'est-à-dire qu'il y demeure effectivement de façon stable et durable à la date à laquelle le titre est demandé.

6. En l'espèce, Mme E est entrée en France le 3 avril 2022, accompagnée de sa fille, F D, alors âgée de deux ans, et reconnue par M. C D naturalisé français par décret du 26 avril 2017, et décédé le 11 octobre 2020. Toutefois, bien qu'il ne soit pas contesté que l'enfant est de nationalité française, il ressort des pièces du dossier que la fille de la requérante était âgée de deux ans à la date d'entrée sur le territoire et justifiait d'une présence en France de trois mois à la date à laquelle le titre de séjour a été demandé, soit le 4 juillet 2022. En outre, Mme E, de nationalité ivoirienne, a vécu dans son pays d'origine jusqu'à son arrivée en France à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, à la date de l'arrêté attaqué et alors même que Mme E soutient avoir rejoint sa sœur de nationalité française sur le territoire, l'enfant ne pouvait être regardé comme résidant en France de façon stable et durable au sens des dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, cette circonstance fait obstacle à ce que Mme E puisse être regardée comme se trouvant, à la date de la décision attaquée, en situation de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour d'un an sur le fondement de l'article L. 423-21 précité. Le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que, la présence en France de Mme E est très récente. En outre, si l'intéressée se prévaut de la présence en France de sa sœur, de nationalité française et de son frère, titulaire d'un titre de séjour, ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d'établir la stabilité de sa vie privée en France. Par ailleurs, elle ne démontre pas ne plus avoir d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Mme E n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision contestée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

9. En dernier lieu, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. En l'espèce, eu égard à la durée de présence en France de la fille de Mme E, et au jeune âge de cet enfant non encore scolarisé, la décision attaquée, qui n'a pas vocation à séparer l'enfant de sa mère, ne méconnaît pas le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans [] ".

12. A la date de la mesure d'éloignement, à laquelle doit nécessairement s'apprécier la condition de résidence de l'enfant pour l'application des dispositions citées au point précédent, la fille française de Mme E, née le 29 avril 2020 était âgé de deux ans et résidait habituellement en France avec elle depuis trois mois et demi. Eu égard à la durée de la présence en France de l'enfant, en obligeant la requérante à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

15. Si la requérante soutient, sans en justifier, que la décision est contraire à l'intérêt de son enfant, elle n'apporte aucun élément permettant de considérer que le choix de fixer la Côte d'Ivoire comme pays de renvoi, porterait atteinte aux droits de son enfant et procéderait ainsi d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination. Par voie de conséquence ses conclusions présentées à titre d'injonction et d'astreinte et au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Abassade et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Guiral, conseiller.

Mme Boucetta conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé : C. AL'assesseur le plus ancien,

Signé : S. GUIRAL

Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204405

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