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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204454

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204454

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête et des mémoires en production de pièces, enregistrés sous le n° 2204454, le 4 novembre 2022, le 27 décembre 2022, le 6 février 2023 et le 27 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle procède d'une erreur de droit et d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle procède d'une erreur de droit et d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment dès lors que, contrairement à ce qu'indique le préfet, il a déjà été en situation régulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II./ Par une requête et des mémoires en production de pièces, enregistrés sous le n° 2204455, le 4 novembre 2022, le 27 décembre 2022, le 6 février 2023 et le 27 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C, épouse B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle procède d'une erreur de droit et d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle procède d'une erreur de droit et d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment car, contrairement à ce qu'indique la préfecture, elle a déjà été en situation régulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions du 5 octobre 2022 par lesquelles M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les décisions par lesquelles le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, notamment son article 92 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les observations de Me Vercoustre, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 23 septembre 1972, est entré en France le 14 juin 2015 accompagné de son épouse, compatriote, tous deux sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Après être retourné en Algérie, M. B est de nouveau entré en France le 20 juillet 2015 pour rejoindre son épouse, accompagné de leurs deux enfants, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 29 octobre 2015, ils ont déposé une demande d'asile, rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 janvier 2016, et des décisions du 20 décembre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 23 janvier 2020, les intéressés ont sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par des arrêtés du 13 août 2020, dont la légalité n'a pas été remise en cause par la juridiction administrative, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté leur demande de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Ils n'ont pas déféré à cette mesure. Les époux B ont déposé une nouvelle demande d'admission au séjour le 22 juin 2022 au titre du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par arrêtés du 18 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans aux motifs que M. et Mme B n'avaient pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français adoptée à leur encontre et validée tant par le tribunal administratif que la cour administrative d'appel, que M. B ne justifiait que d'une promesse d'embauche qui était le seul élément nouveau relatif à leur situation, qu'il n'avait jamais été en situation régulière, que Mme B qui n'était pas insérée professionnellement faisait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'ils n'étaient pas isolés dans leur pays d'origine, que la précarité de leur situation ne servait pas l'intérêt supérieur de leurs enfants qui pourront poursuivre leur scolarité en Algérie, que leur situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, que leur situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de leur dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'ils fussent obligés de quitter le territoire français. M. et Mme B demandent l'annulation de ces décisions. Les requêtes enregistrées sous les n° 2204454 et 2204455, qui tendent à l'annulation de décisions du même jour, ayant le même objet et visant des personnes d'une même famille, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a par suite lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. La réduction de la part contributive de l'Etat à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste plusieurs bénéficiaires de l'aide juridictionnelle présentant des conclusions similaires et que le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d'une même instance, soit dans le cadre d'instances distinctes reposant sur les mêmes faits. Tel est le cas en l'espèce ainsi qu'il est dit au point précédent. L'instance n° 2204455 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Mme et M. B sont entrés pour la dernière fois sur le territoire français, respectivement, le 14 juin 2015 et le 20 juillet 2015. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les intéressés, mariés, sont les parents de quatre enfants, scolarisés, qui résident sur le territoire français, dont deux sont nés en France. D'autre part, si Mme B n'a qu'épisodiquement travaillé en qualité de couturière, M. B, qui a travaillé depuis son arrivée en France, est employé d'une entreprise de rôtisserie depuis le mois de mars 2022, d'abord dans le cadre d'un contrat à durée déterminée puis, à compter du 1er juillet 2022, d'un contrat à durée indéterminée. Enfin, les intéressés produisent des attestations tant d'amis, de collègues que de l'employeur de M. B qui font état de leur insertion en France. Mme B, orpheline de père et de mère, et M. B, orphelin de père, insérés socialement et professionnellement dans la société française, justifient ainsi que le centre de leurs intérêts personnels et familiaux se trouvent désormais en France et non dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour des intéressés en France, les décisions de refus de séjour attaqués ont porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont a été prises et ont ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. et Mme B sont fondés à demander l'annulation des décisions du 18 août 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de leur délivrer un certificat de résidence. Ils sont, par voie de conséquence, fondés à demander l'annulation des décisions prononçant à leur encontre une obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et édictant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer à M. et Mme B un certificat de résidence d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. M. et Mme B ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, réduite de 30 % dans l'instance n° 2204455 ainsi qu'il résulte du point 2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL Mary et Inquimbert de la somme unique de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle est réduite de 30 % dans l'instance n° 2204455.

Article 2 : Les arrêtés du 18 août 2022 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un certificat de résidence à M. et Mme B, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de leur renvoi et a adopté à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. et Mme B un certificat de résidence dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme unique de 1 300 euros à la SELARL Mary et Inquimbert, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C, épouse B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

2, 2204455

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