mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, M. E, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 5 octobre 2022 par laquelle M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. D, enregistrées le 10 novembre 2022.
Des pièces complémentaires produites par M. D, enregistrées le 10 février 2023, n'ont pas été communiquées.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Mary, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de la République du Congo né le 11 octobre 1988, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 décembre 2019, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 1er septembre 2020, qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 janvier 2021. Le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français par un arrêté du 25 mars 2021. Le 11 avril 2022, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Par l'arrêté attaqué du 22 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté n° 22-022 du 26 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif de la préfecture de la Seine-Maritime n° spécial 76-2022-066 du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. B, sous-préfet de Dieppe chargé de l'intérim des fonctions de sous-préfet du Havre, et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à Mme Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant de ses attributions par intérim, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Contrairement à ce que soutient le requérant, M. C n'a été installé dans ses fonctions de sous-préfet du Havre que le 25 juillet 2022, soit postérieurement à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, si M. D s'est prévalu au soutien de sa demande de la circonstance qu'il était parent d'un enfant français, il n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qu'en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Il n'appartenait pas au préfet, contrairement à ce que soutient le requérant, d'examiner d'office s'il pouvait se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 est inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () "
5. Le préfet de la Seine-Maritime, pour refuser au requérant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, s'est borné à relever qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour et, en tout état de cause et au visa des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Si l'arrêté attaqué fait état, d'une part, de l'absence d'exécution de la mesure d'éloignement dont M. D a fait l'objet le 25 mars 2021 et, d'autre part, de l'absence d'insertion professionnelle, ces éléments ne sont mentionnés respectivement que comme élément de contexte et comme élément d'appréciation de sa vie privée et familiale en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de droit doivent être écartés.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est présent depuis le mois de décembre 2019 sur le territoire français, où il s'est marié, le 23 octobre 2021, avec Mme A, ressortissante française, mère d'un enfant né le 3 juin 2018 d'une précédente union et qui a donné naissance au premier enfant du couple le 24 mars 2022. Cependant, tant son mariage que la naissance de sa fille demeuraient très récents à la date de la décision attaquée et M. D, par les pièces qu'il produit, n'établit sa vie commune antérieure avec Mme A qu'à compter, au plus tôt, du mois de février 2022. En outre, il ne justifie de l'activité professionnelle de son épouse qu'à raison de quatre jours au mois de juin 2022 et ne fait par ailleurs état d'aucun obstacle à ce que cette dernière, sa fille et son beau-fils l'accompagnent dans son pays d'origine. En tout état de cause, l'atteinte à son droit au respect à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de sa fille, en cas de séparation, serait limitée au strict temps nécessaire à la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Dans ces conditions, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni n'a méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de sa fille une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
7. En dernier lieu, M. D ne saurait utilement se prévaloir des stipulations des articles 2 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ne créent des obligations qu'entre les Etats signataires de cette convention, sans ouvrir de droits aux intéressés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () "
9. Il est constant que M. D est parent d'un enfant français né le 24 mars 2022, qu'il a reconnu le 28 mars 2022. Il justifie en outre, notamment par la production d'une attestation de caisse d'allocation familiale, corroborée par de nombreuses photographies et des témoignages circonstanciés de proches et de membres de sa famille, résider avec son épouse depuis au moins le mois de février 2022. Il doit donc être regardé comme participant à l'entretien et à l'éduction de son enfant. Par suite, M. D est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime, en l'ayant obligé à quitter le territoire français, a méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté du 22 juillet 2022, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et, par voie de conséquence, de la décision, contenue dans le même arrêté, par laquelle le préfet a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, eu égard au motif qui la fonde, implique seulement que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. D, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert, conseil de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Mary et Inquimbert de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions, contenues dans l'arrêté du 22 juillet 2022, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. D à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. D, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SELARL Mary et Inquimbert la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026