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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204486

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204486

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, M. C, représenté par Me Inquimbert, associée de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour valable un an dans le délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à la SELARL Mary et Inquimbert.

M. C soutient que :

la décision portant de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les articles 2 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les articles 2 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C sont infondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rouen du 7 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme B qui informe les parties que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité dans la présente instance des conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de séjour, dès lors que cette décision ne constitue pas la base légale de la décision d'obligation de quitter le territoire français et que les deux décisions n'ont pas été notifiées simultanément ;

- les observations de Me Inquimbert représentant M. C.

La clôture de l'instruction est intervenue observations des parties, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien, entré, selon ses dires, sur le territoire français en 2018 a été interpellé le 26 octobre 2022, après avoir été victime d'une agression sur la voie publique. A cette occasion, le préfet de la Seine-Maritime a constaté qu'il se maintenait irrégulièrement sur le territoire français et, par un arrêté du 27 octobre 2022, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Selon l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français; () " et aux termes de l'article R. 776-6 du même code : " Les conclusions dirigées contre des décisions mentionnées à l'article R. 776-1 notifiées simultanément peuvent être présentées dans la même requête ".

3. S'il est constant que la demande d'admission au séjour de M. C a fait l'objet d'un classement sans suite, faute pour celui-ci de s'être rendu aux convocations de la préfecture, la décision portant obligation de quitter le territoire français du 27 octobre 2022 est fondée sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français et non sur le 3° du même code, dès lors qu'aucun refus de séjour ne lui a été notifié. Ainsi les conclusions tendant à l'annulation de la décision de classement sans suite qui ne constitue pas la base légale de la décision en litige et n'a pas été notifiée à M. C en même temps que la décision portant obligation de quitter le territoire français présentent un litige distinct et ne peuvent être contestées au sein de la même requête que l'obligation de quitter le territoire français. Elles sont, par suite, irrecevables dans le cadre de cette instance et ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 27 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui vit en concubinage avec sa compagne de nationalité française, est père d'une enfant, née le 28 février 2022, qu'il a reconnue préalablement à sa naissance, le 25 octobre 2021. M. C et sa compagne vivent maritalement, avec leur enfant et M. C contribue ainsi nécessairement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ne pouvait, dès lors, en application des dispositions précitées faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 27 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination pris à l'encontre de M. C doit être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. L'exécution du présent jugement implique, en application des dispositions précitées, qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivrée à M. C, jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Mary et Inquimbert de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. C à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de la situation de M. C, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à la SELARL Mary et Inquimbert, avocate de M. C, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. A C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

P. B

La greffière,

N. Protin-Lemière

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

npl

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