mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204499 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 10 novembre 2022, M. A B demande au tribunal :
1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation
Il soutient dans le dernier état de ses écritures que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par un auteur qui n'a pas justifié de sa compétence ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux et du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision défavorable ;
- le préfet de la Seine-Maritime était tenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de séjour de plus dix ans et qu'il peut solliciter une admission exceptionnelle au séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par un auteur qui n'a pas justifié de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle a été prise par un auteur qui n'a pas justifié de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 5 de la directive 2008/115/CE ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par un auteur qui n'a pas justifié de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont elles-mêmes entachées l'obligation de quitter le territoire français et la décision le privant de délai de départ volontaire ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique qui s'est borné à produire des pièces sans présenter d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n°2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 à 13h30, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Ripoll, avocate désignée d'office pour M. B, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ; elle insiste plus avant sur les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- et les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, ressortissant tunisien né en 1982, entré en France en 2003 selon ses déclarations, a été condamné par le tribunal correctionnel de Nantes, par un jugement du 18 juillet 2022, à une peine de dix mois d'emprisonnement, dont six fermes et quatre assortis d'un sursis probatoire, pour des faits de vols par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Durant sa détention, le préfet de la Loire-Atlantique a conduit une procédure contradictoire et à l'issue de celle-ci, a notifié à M. B un arrêté du 7 novembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il doit être reconduit et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête M. B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Oissel, demande à titre principal l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun :
2. Aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur ". L'arrêté attaqué a été signé par la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 5 septembre 2022 régulièrement publié le même jour aux fins de signer, notamment, chacune des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la charte précise que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". L'article 41 précité de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adressant non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, le moyen tiré de sa violation est inopérant.
4. Toutefois, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de la mesure de garde à vue dont il a fait l'objet pour des faits de vol par effraction en réunion, M. B a été auditionné par un fonctionnaire de police. Au cours de cette audition, il a été interrogé de manière précise sur sa situation personnelle, familiale et administrative, et invité à produire toute observation utile au cas où l'autorité administrative envisagerait de prononcer à son encontre une mesure d'éloignement et des décisions subséquentes. Il a d'ailleurs formulé des observations. Par suite, la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure régulière.
6. En deuxième lieu, aucune disposition ni aucun principe ne fait obligation à l'autorité administrative de saisir pour avis la commission du titre de séjour avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français, fut-ce à l'encontre d'un étranger présent depuis plus de dix années en France.
7. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée pour répondre à l'obligation faite par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents médicaux et des procès-verbaux d'audition, que l'état de santé de M. B, caractérisé par des troubles mentaux, nécessite incontestablement une prise en charge médicale. Toutefois, aucun des éléments produits par les parties ne permet de tenir pour établis ni les conséquences d'un défaut de traitement ni surtout qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions évoquées au point précédent du présent jugement que le préfet de la Loire-Atlantique a pu prononcer à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français.
10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
11. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B a indiqué être marié religieusement avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de séjour temporaire et que de leur relation est né un jeune garçon âgé d'environ deux ans. Toutefois, outre qu'il n'établit en rien l'ancienneté de séjour dont il se prévaut, l'intéressée a déclaré lors de l'enquête de la police aux frontières qu'elle n'avait plus de relation avec M. B, qui n'avait pas reconnu l'enfant compte-tenu de ses multiples incarcérations et qu'elle ne souhait pas garder contact avec lui. En outre, si le requérant a indiqué contribuer à l'entretien de l'enfant, il ne l'établit pas, n'a engagé aucune démarche tendant à exercer ses droits en tant que parent et surtout n'apporte aucun commencement de preuve d'une quelconque relation avec cet enfant. Par ailleurs, il n'a pas d'autre attache sur le territoire français hormis des oncles et tantes qu'il reconnait n'avoir jamais contactés et il a conservé de fortes attaches en Tunisie où résident ses sept frères et sœurs. Au demeurant, cette situation personnelle et familiale doit être mise en balance avec les nombreux faits pour lesquels M. B est connu des forces de l'ordre : vol simple, vol par effraction (à plusieurs reprises), cambriolage de locaux industriels, commerciaux ou financiers, recel, détention et transport sans motif légitime d'arme de catégorie D, vol avec arme, vol à la tire, cambriolage de lieu d'habitation principale, rébellion, qui sont de nature à caractériser une menace à l'ordre public. Par suite, c'est sans méconnaitre les stipulations citées aux points 10 et 11 du présent jugement que le préfet de la Loire-Atlantique a pu édicter la décision en litige.
13. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de M. B, qui n'établit aucune intégration particulière.
S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, la décision refusant d'accorder à M. B comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent ; elle est, par suite, suffisamment motivée pour répondre aux prescriptions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
15. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision obligeant M. B à quitter le territoire français ayant tous été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire ne peut qu'être écartée.
16. En dernier lieu, le premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". L'article L. 612-2 du même code ajoute que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
17. En outre, l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le risque de soustraction peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque " 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
18. Outre la menace à l'ordre public que représente le comportement de M. B, il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée le 23 octobre 2021 par le préfet de la Seine-Saint-Denis et ne présente aucune garantie de représentation, dès lors qu'il est dépourvu de documents d'identité ou de voyage et qu'il a communiqué des renseignements inexacts aux fonctionnaires de police. Par suite, c'est en faisant une exacte application des dispositions précitées que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
19. En premier lieu, en indiquant que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Loire-Atlantique a suffisamment motivé sa décision.
20. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision obligeant M. B à quitter le territoire français ayant tous été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel il doit être éloigné ne peut qu'être écartée.
21. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
22. A l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations, M. B soutient qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine et que ce défaut de soins serait susceptible de constituer pour lui un traitement inhumain ou dégradant. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, il n'amène devant le tribunal aucun élément permettant de tenir pour établi qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié en Tunisie.
23. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 de la directive du 16 décembre 2008, qui a été transposée en droit interne.
24. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
25. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français sans délai ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écartée.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
27. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent.
28. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que pour édicter la décision dont s'agit, le préfet de la Loire-Atlantique a pris en compte chacun des quatre critères prévus par la loi, et a énoncé les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de sa décision qui est, par suite, suffisamment motivée.
29. En dernier lieu, sur le bien-fondé de la mesure, ainsi qu'il a été exposé, le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public, il n'établit pas l'ancienneté de séjour dont il se prévaut, n'a aucun lien avec son enfant dont il ne connait pas la date de naissance et il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Par suite, en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne justifiait qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée à son encontre et en fixant la durée de celle-ci à deux années, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire-Atlantique.
Prononcé en audience publique le 16 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
R. Mulot
La greffière,
S. Danet
La République mande et ordonne au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire- Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204499
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026