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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204546

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204546

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 16 novembre 2022, M. A F demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. F soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'un défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'un défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision lui interdisant le retour en France :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'un défaut de base légale, par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 15 novembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Larousse, avocat commis d'office, pour M. F, et de M. F, assisté de M. C, interprète en arabe, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, la préfète du Loiret n'étant présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de trois ans.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par M. B D qui disposait, en qualité de directeur de cabinet de la préfecture du Loiret, d'une délégation de signature de la préfète du Loiret par arrêté du 27 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment la situation irrégulière de M. F sur le territoire français, la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en 2015 et son interpellation à quinze reprises par les services de police. Il est donc suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F a été entendu par les services de police le 13 novembre 2022 et interrogé sur la régularité de sa situation en France et qu'il a choisi de ne pas répondre. S'il soutient souffrir de problèmes psychiatriques pour lesquels il ne pourra pas accéder à une prise en charge adaptée en Algérie, et qui l'ont empêché de comprendre qu'il pouvait présenter des observations, il n'apporte aucune preuve des troubles allégués.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. F n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux avant l'édiction de l'arrêté en litige.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 911-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () " S'il ressort des pièces du dossier que M. F a été mis en possession d'une carte de résident entre 1994 et 2014, il n'apporte aucune preuve qu'il résidait habituellement en France entre 2015 et 2022. M. F n'apporte en outre aucune preuve ni des troubles psychiatriques dont il se dit atteint, et alors que son état a été jugé compatible avec son maintien en garde à vue et en rétention administrative, ni que le défaut de prise en charge de ces troubles pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le requérant, qui admet à l'audience n'avoir aucun suivi psychologique ou psychiatrique, n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, si M. F, né en 1987, soutient résider depuis l'âge de deux ans en France, cette résidence sur le territoire n'est attestée que par ses très nombreuses interpellations par les services de police entre 2004 et 2015 et la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en décembre 2015. Rien n'établit sa résidence habituelle en France entre 2015 et 2022. Il est dépourvu de logement autonome et ne fait état d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Il ne démontre aucune insertion sociale et n'a pas engagé de démarches pour régulariser sa situation administrative. S'il soutient souffrir de troubles psychiatriques, il n'établit ni avoir besoin d'une prise en charge adaptée, ni qu'une telle prise en charge ne lui serait pas effectivement accessible dans son pays d'origine, l'Algérie, où il ne démontre pas n'y avoir aucune attache. Par suite, en obligeant M. F à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et en lui interdisant le retour en France pendant la durée de trois ans, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

Sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle de M. F et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2,3,5 et 7.

9. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé M. F à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle de M. F, du défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2,3,5 7 et 9.

11. En second lieu, comme il a été dit précédemment, M. F n'établit pas avoir besoin d'une prise en charge adaptée pour des troubles psychiatriques dont il ne démontre pas être atteint, ni qu'une telle prise en charge ne lui serait pas effectivement accessible dans son pays d'origine. Il n'établit donc pas qu'en retour en Algérie l'exposerait à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle de M. F, du défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2,3,5 7 et 9.

13. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant refusé à M. F l'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de cette décision, doit donc être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La magistrate désignée,

H. ELa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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