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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204659

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204659

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 10 février 2023, Mme A C, épouse B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit dans son application ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle est insuffisamment motivée ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreurs de fait, de droit et d'appréciation dans l'application de cet article ;

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle a été prise en méconnaissance de son droit de présenter des observations et d'être entendue ;

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 19 octobre 2022 admettant Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Mary, pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité espagnole, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () "

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprétées à la lumière de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne, que doit être regardée comme exerçant une activité professionnelle au sens des dispositions applicables en l'espèce toute personne qui exerce une activité réelle et effective, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. Il appartient au préfet de se placer à la date à laquelle il statue pour apprécier si l'étranger remplit les conditions pour obtenir le titre de séjour et de prendre en compte la période courant depuis l'entrée en France de l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France à la fin du mois d'août 2019. Si elle établit avoir travaillé à plusieurs reprises avant la décision en litige, ce n'est qu'en vertu de contrats à durée déterminée de courte durée pour quelques heures hebdomadaires en remplacement d'autres salariés. C'est donc sans commettre d'erreur de fait ni de droit que le préfet de la Seine-Maritime a estimé qu'elle n'exerçait pas une activité professionnelle au sens du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, ne peuvent être prises en compte les prestations sociales et familiales perçues par Mme C. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'époux de la requérante ne perçoit pas de ressources et que le foyer perçoit des ressources d'un niveau tel qu'elles lui ouvrent droit à la perception du revenu de solidarité active. Par suite, il n'est pas établi que Mme C disposerait de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille, composée de son époux, d'un enfant mineur et d'un enfant majeur. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision serait entachée d'erreur de fait et de droit.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C et sa famille sont entrés récemment en France, que l'intéressée ne travaille que de manière purement accessoire et qu'elle ne fait état, pour son époux et son fils majeur, d'aucune perspective d'insertion professionnelle significative. Elle ne fait pas non plus état d'obstacles à ce que sa fille mineure née en 2016 poursuive sa scolarité en Espagne, pays dont ses enfants sont ressortissants et où son époux dispose d'un titre de séjour. Elle n'établit ni même n'allègue une insertion sociale particulière en France et ne démontre pas être dépourvue de toute attache en Espagne ou dans le pays dont son époux est ressortissant. Dès lors, le refus de séjour en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision en litige fait suite à un refus de titre de séjour lui-même suffisamment motivé, comme il a été dit au point 2. Elle est donc elle-même suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme C n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "

11. Il ressort de ce qui a été dit aux points 3 à 7 que Mme C ne justifie pas d'un droit au séjour. C'est donc sans commettre d'erreurs de fait, de droit et d'appréciation dans l'application de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet l'a obligée à quitter le territoire français.

12. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés au point 7.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, Mme C, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus elle était susceptible d'être obligée de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine, et a été mis à même, pendant l'instruction de sa demande, d'apporter au préfet tous les éléments d'information qu'elle souhaitait. Elle ne donne aucune précision sur les observations complémentaires qu'elle aurait souhaité présenter et qui auraient été de nature à avoir une influence sur le sens de la décision prise sur sa demande. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que son droit d'être entendue a été méconnu.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de son éloignement doit donc être écarté.

15. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est écarté pour les motifs mentionnés au point 7.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

H. JEANMOUGIN Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2204659

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