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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204680

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204680

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence algérien, valable un an, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen, et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée par le jugement du tribunal administratif de Rouen du 17 mai 2022 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'arrêté du 8 juillet 2022 ne prononçant aucun refus de séjour, les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour doivent être écartées ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 8 décembre 1991 à Blida, déclare être entré en France en 2015. Après avoir été interpellé le 9 août 2020 par les services de police, le préfet de la Seine-Maritime, par un arrêté du 10 août 2020, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour en France pour une durée de deux ans. Par un jugement du 28 septembre 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a, d'une part, annulé cet arrêté au motif que M. C pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et, d'autre part, enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 23 novembre 2021, pris en exécution de ce jugement, le préfet de la Seine-Maritime, après avoir notamment relevé que le tribunal judiciaire avait annulé la reconnaissance de paternité de M. C, a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination. Par jugement du 17 mai 2022, le tribunal administratif de Rouen a prononcé l'annulation de la mesure portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C. Par l'arrêté attaqué du 8 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du tribunal du 17 mai 2022, prononçant l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 23 novembre 2021 prise à l'encontre de M. C, il a été enjoint au préfet de procéder au réexamen de sa situation. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet, il ne ressort pas des pièces du dossier que, par l'arrêté contesté du 8 juillet 2022, M. C aurait fait l'objet d'une décision portant refus de séjour. Il suit de là que les conclusions de M. C à fin d'annulation de cette mesure sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les autres décisions :

3. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

4. En vertu des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dont les stipulations peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, l'autorité administrative doit accorder, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a noué une relation amoureuse avec une ressortissante française, a reconnu avant sa naissance la fille de sa compagne, la jeune B, née le 17 mai 2017. Toutefois, M. C, dont la paternité a été contestée par la mère de l'enfant de laquelle il est désormais séparé, n'est pas le père biologique de la jeune B et ne dispose plus de l'autorité parentale, l'acte de reconnaissance de paternité par M. C ayant été annulé par un jugement du tribunal judiciaire du 13 octobre 2020. Il ressort également des pièces du dossier que, malgré le placement de la jeune B auprès des services de l'aide sociale à l'enfance alors qu'elle était âgée de trois ans, le juge aux affaires familiales a accordé un droit de visite au requérant, ayant relevé qu'il " apparaît dans l'intérêt de l'enfant de conserver un lien avec Monsieur A C ", lequel est présent auprès d'elle en tant que père depuis sa naissance et constitue une figure d'attachement privilégié de l'enfant. M. C établit, en produisant de multiples photographies ainsi que des attestations circonstanciées, notamment de la mère de l'enfant qui indique que M. C accueille l'enfant tous les week-ends à son domicile, les liens forts et intenses qu'il entretient avec la jeune B depuis sa naissance. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant entretiendrait des relations avec son père biologique, ni même que ce dernier aurait cherché à entretenir des liens avec son enfant. Dans ces conditions, et ainsi que l'a d'ailleurs jugé le tribunal par un jugement du 17 mai 2022, la présence de M. C doit être regardée comme nécessaire auprès de l'enfant afin de garantir sa stabilité et son épanouissement. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet a méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision d'éloignement, que M. C est fondé à demander l'annulation de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

8. L'exécution du présent jugement n'implique pas qu'un titre de séjour soit délivré à M. C. En revanche, l'exécution du présent jugement, qui prononce une annulation de la mesure d'éloignement implique que le préfet procède au réexamen de la situation de M. C en se prononçant sur son droit à un titre de séjour en tenant compte des motifs d'annulation de la décision d'éloignement, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il munisse l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il n'y a pas lieu d'assortir ces mesures d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, Me Mukendi Ndonki peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mukendi Ndonki de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2022 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mukendi Ndonki une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

Signé : H. D

La présidente,

Signé : C. BOYER Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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