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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204701

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204701

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantJACQUES ALISON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2022 et 2 décembre 2022, M. A B représenté par Me Jacques, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à verser à Me Jacques au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Jacques renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale, dès lors qu'il n'était pas assisté d'un interprète lors de sa notification, ce qui lui fait grief ; en outre, il n'a pas été informé de son droit d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix, ni de la possibilité de recevoir communication des principaux éléments de la procédure dans une langue qu'il comprend, alors qu'il ressort du procès-verbal de son audition qu'il ne sait pas lire le français ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, qu'il a déposé une demande de délivrance de titre de séjour depuis qu'il est revenu sur le territoire français et, d'autre part, que le préfet ne justifie pas qu'il constitue une menace actuelle à l'ordre public ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale, dès lors qu'il n'était pas assisté d'un interprète lors de sa notification, ce qui lui fait grief ; en outre, il n'a pas été informé de son droit d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix, ni de la possibilité de recevoir communication des principaux éléments de la procédure dans une langue qu'il comprend, alors qu'il ressort du procès-verbal de son audition qu'il ne sait pas lire le français ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale, dès lors qu'il n'était pas assisté d'un interprète lors de sa notification, ce qui lui fait grief ; en outre, il n'a pas été informé de son droit d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix, ni de la possibilité de recevoir communication des principaux éléments de la procédure dans une langue qu'il comprend, alors qu'il ressort du procès-verbal de son audition qu'il ne sait pas lire le français ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les articles L. 512-1 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale, dès lors qu'il n'était pas assisté d'un interprète lors de sa notification, ce qui lui fait grief ; en outre, il n'a pas été informé de son droit d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix, ni de la possibilité de recevoir communication des principaux éléments de la procédure dans une langue qu'il comprend, alors qu'il ressort du procès-verbal de son audition qu'il ne sait pas lire le français ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Jacques, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle demande également à ce que son client soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ; elle soutient également que la décision portant fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement dont M. B fait l'objet est illégale, dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ;

- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète assermenté en langue irakienne (kurde sorani), qui répond aux questions posées par le tribunal ;

- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant irakien né le 14 juillet 1994 à Kirkouk, qui a déclaré être entré en France au mois de janvier 2016, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par décision du 1er juin 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'intéressé a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 10 août 2017 au 9 août 2018. Par un jugement du 20 avril 2018 du tribunal correctionnel du Havre, M. B a été condamné à une peine d'emprisonnement d'un an pour de faits de violence aggravée par deux circonstances, soit avec usage ou menace d'une arme et en réunion avec plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice du 9 au 10 décembre 2017, suivie d'incapacité supérieure à huit jours, et violence commise en réunion suivie d'incapacité temporaire n'excédant pas huit jours. Par décision du 8 novembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a, sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 3° de l'article L. 712-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire de l'intéressé, au motif que son activité sur le territoire était susceptible de constituer une menace grave actuelle pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. Par une décision du 19 avril 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé le 25 février 2020 par M. B à l'encontre de la décision du 8 novembre 2019. Parallèlement, par un jugement du 23 septembre 2020 du tribunal correctionnel du Havre, l'intéressé a été condamné à une amende de 600 euros pour transport sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 12 juin 2019. Par un jugement du 2 octobre 2020 du même tribunal, il a été condamné à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits d'usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 16 décembre 2019. Par un arrêté du 28 octobre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Par un jugement n° 2005101 du 19 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêté. Le 13 novembre 2022, M. B a été interpelé par les services de police pour des faits de violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, dégradation de bien privé, rébellion et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Le 15 novembre 2022, il a été écroué pour une durée de deux mois en application du jugement du 2 octobre 2020 du tribunal correctionnel du Havre mentionné ci-dessus. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. B, mentionnent, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les irrégularités affectant les conditions de la notification d'une décision administrative, si elles peuvent faire obstacle au déclenchement du délai de recours contentieux, sont, en revanche, sans incidence sur sa légalité. Le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié à M. B dans des conditions régulières doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

7. D'une part, il est constant que par un arrêté du 28 octobre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait M. B. Il est également constant que par un jugement n° 2005101 du 19 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêté. Si le requérant a indiqué aux services de police lors de son audition du 13 novembre 2022, et soutient à l'appui de ses écritures et lors de l'audience publique, avoir déposé une demande de titre de séjour auprès des services de la sous-préfecture du Havre, il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier d'un échange de courriels du 16 novembre 2022, que l'intéressé n'a formulé aucune demande de titre de séjour auprès des services de cette sous-préfecture depuis l'arrêté du 28 octobre 2020. Il suit de là que M. B entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, il est constant que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel du Havre, par un jugement du 20 avril 2018, à une peine d'emprisonnement d'un an pour de faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, et violence commise en réunion suivie d'incapacité temporaire n'excédant pas huit jours, par un jugement du 23 septembre 2020, à une amende de 600 euros pour transport sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et conduite d'un véhicule sans permis, et enfin par un jugement du 2 octobre 2020, à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits d'usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et conduite d'un véhicule sans permis. Eu égard à la gravité des infractions commises par M. B, à leur nature et leur caractère répété, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation s'agissant de la caractérisation d'une menace à l'ordre public constituée par la présence de l'intéressé sur le territoire national.

9. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. En l'espèce, si M. B déclare être entré en France au mois de janvier 2016, il n'établit toutefois pas la continuité de son séjour depuis cette date, alors qu'il a d'ailleurs indiqué aux services de police, et durant l'audience publique, avoir séjourné en Allemagne pendant une année à compter de la fin de l'année 2020. Si le requérant soutient être en couple et entretenir une vie commune depuis le mois d'avril 2022 avec Mm G., laquelle serait enceinte, il ne l'établit toutefois pas par les seules pièces qu'il produit. Au demeurant, cette vie commune, à la supposer établie, présente un caractère très récent à la date de la décision contestée. Le requérant ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, au regard de la durée, des conditions de son séjour en France, et de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination :

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié mais pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : / 1° La peine de mort ou une exécution ; / 2° La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants ; / 3° S'agissant d'un civil, une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d'une situation de conflit armé interne ou international. ".

18. Il est constant que M. B avait obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par décision du 1er juin 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Alors que ce bénéfice lui a été retiré par décision du 8 novembre 2019 de cet Office, confirmée par décision du 19 avril 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, ainsi que cela a été mentionné au premier point du présent jugement, ce retrait est fondé sur un unique motif tiré de ce que l'activité de l'intéressé sur le territoire était susceptible de constituer une menace grave actuelle pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. Ainsi, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les craintes que le requérant nourrit en cas de retour dans son pays d'origine, sur la base desquelles le bénéfice de la protection subsidiaire lui avait été accordé, ne seraient plus fondées à la date d'édiction de la décision contestée. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant comme pays de destination de M. B, " son pays d'origine ".

19. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont M. B fait l'objet, que ce dernier est fondé à demander l'annulation de cette décision en tant qu'elle fixe comme pays de destination son pays d'origine.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.

21. En second lieu, aux termes L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

22. M. B doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation. Toutefois, et eu égard à ce qui a été dit précédemment, il ne justifie pas que des circonstances humanitaires s'opposeraient à ce qu'il fasse l'objet d'une interdiction de retour en France. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 en tant qu'il fixe comme pays de destination son pays d'origine.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution particulière.

Sur les frais liés au litige :

26. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à Me Jacques au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : L'arrêté du 16 novembre 2022 du préfet du Nord est annulé en tant qu'il fixe comme pays de destination le pays d'origine de M. B.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Jacques au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé :

D. D

La greffière,

Signé :

P. His

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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