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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204770

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204770

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. B C A, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022, notifié le 28 septembre 2022, par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'administration de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, dans l'attente du réexamen de sa situation.

3°) de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat à verser à titre principal à son conseil, à titre subsidiaire à lui-même.

M. A soutient que :

le refus de titre de séjour :

- est fondé sur un avis des médecins de l'OFII dont ni l'existence ni la régularité ne sont établies ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la mesure d'éloignement :

- est fondée sur un avis des médecins de l'OFII dont ni l'existence ni la régularité ne sont établies ;

- est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment la décision du 8 novembre 2022 accordant à M. A l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leduc, rapporteur,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A est un ressortissant angolais né le 5 août 1956, entré en France en novembre 2019 au moyen d'un visa valable quarante-quatre jours délivré par les autorités portugaises. Sa demande d'asile introduite le 4 décembre 2019 a été regardée par l'administration française comme relevant de la compétence du Portugal. M. A a sollicité le préfet de l'Eure le 18 mars 2022 aux fins d'obtenir un titre de séjour en qualité d'étranger malade, et par l'arrêté attaqué du 11 juillet 2022, l'administration a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, le préfet de l'Eure a produit en défense l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 7 juillet 2022 qui relève que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de cette prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié, et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Cet avis, qui est présenté sur le rapport d'un médecin et est signé par trois autres de ses confrères, est régulier. Par suite, le moyen tiré de l'absence et de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII sur lequel le préfet s'est fondé pour prendre l'acte attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'acte attaqué, qui évoque de manière suffisamment précise la situation administrative et personnelle de M. A, ne peut être regardé comme entaché d'un défaut d'examen particulier.

4. En troisième lieu, il convient de rappeler que la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. En l'espèce, ainsi qu'il est indiqué ci-dessus, l'avis médical en date du 7 juillet 2022 relève que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de cette prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié. M. A se borne à contester le contenu de cet avis sans verser au dossier d'éléments qui permettraient d'établir le contraire, les prescriptions médicales produites étant insuffisantes à cet égard.

6. En quatrième lieu, M. A soutient que l'acte attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a retrouvé en France sa fille née le 27 août 1977, laquelle a obtenu la nationalité française et est mère de quatre enfants de nationalité française. Néanmoins, M. A n'a quitté l'Angola, où résident son épouse et leurs deux autres enfants nés en 1985 et 1988, qu'à l'âge de soixante-trois ans, et il ne verse au dossier aucun élément de nature à attester de ce que le centre de ses intérêts privés s'y situerait désormais. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard à ce qui est indiqué au point 2, le moyen tiré de l'absence et de l'irrégularité de l'avis des médecins de l'OFII ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été relevé précédemment que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision attaquée.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, l'acte attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été relevé précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire pour demander l'annulation de la décision attaquée.

12. En dernier lieu, M. A ne verse au dossier aucun commencement de preuve de nature à établir qu'il pourrait faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La circonstance que sa demande d'asile n'ait pas été traitée en France par l'OFPRA et la CNDA est sans incidence à cet égard, alors qu'il a fait l'objet d'un transfert vers le Portugal et qu'il ne fournit aucune information quant au traitement de sa demande par les autorités de cet Etat. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller.

Assistés par M.Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La présidente,

signé

A. GAILLARDLe rapporteur,

signé

C. LEDUC

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

signé

S. Combes

N°2204770

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