jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY Magali |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 14 février 2023, M. A B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) dans l'un et l'autre cas, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle dans le délai de huit jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 960 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
* le refus de séjour :
- méconnait le droit à une bonne administration ;
- aurait dû être précédé d'une saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne mentionne pas la continuité de ses contrats de travail au sein de la même entreprise depuis le 24 juin 2018 ;
* l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination:
- méconnaissent le droit à une bonne administration ;
- reposent sur un refus de séjour illégal ;
- méconnaissent la jurisprudence Diaby, les article 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier, notamment la décision du 26 septembre 2022 accordant à M. B l'aide juridictionnelle partielle, fixant la contribution de l'Etat à 25%.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leduc, rapporteur,
- et les observations de Me Leroy, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant ivoirien entré en France en décembre 2017, et pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance dès le mois de janvier 2018. Le 24 avril 2019, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° et de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, demande que, par arrêté du 17 septembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a rejetée. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal de céans en date du 14 octobre 2021. Après réexamen du cas de M. B, l'administration a, par l'arrêté du 14 avril 2022 attaqué, refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, il résulte des dispositions combinées de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
3. Il ressort des pièces du dossier que l'analyse documentaire du 29 juin 2020 à laquelle se sont livrés les services de la police aux frontières, présente l'extrait du registre des actes d'état civil dont disposait le requérant, faisant état de sa naissance le 22 avril 2001, comme une contrefaçon dès lors qu'il ne serait pas imprimé en offset mais seulement en laser toner. Ce seul élément relevé par les services de la police aux frontières ne saurait à lui seul établir le caractère falsifié du document d'état civil de M. B, à supposer établi son caractère irrégulier au regard du droit ivoirien, et il incombait à l'administration, dans cette hypothèse, de solliciter les autorités de l'Etat ivoirien afin de vérifier l'authenticité de cet acte. Par ailleurs, le passeport produit par M. B, délivré le 8 septembre 2019, dont l'authenticité n'est pas mise en cause par l'administration, n'est pas pris en considération par cette dernière aux fins d'établir l'identité et l'âge du requérant. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'apporte pas d'éléments suffisamment probants susceptibles de faire regarder les actes d'état civil du requérant comme irréguliers, falsifiés ou comme faisant état de faits ne correspondant pas à la réalité, s'agissant en particulier de sa date de naissance, et ne pouvait en aucun cas tirer des seuls documents dont disposait le requérant une quelconque intention de faire " usage d'une fausse identité dans le but de se voir admettre au séjour ". Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les dispositions de l'article 47 du code civil et de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement, la circonstance qu'il ne pourrait pas être regardé comme ayant été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans.
4. En second lieu, M. B, qui a toujours fait l'objet de rapports très positifs émanant des services chargés de la prise en charge des mineurs isolés, depuis celui rédigé le 22 décembre 2017, a, dès le mois d'avril 2018, effectué un premier stage professionnel puis s'est vu proposer un contrat d'apprentissage au sein d'une boulangerie située à Darnétal, signé le 26 avril 2018 pour deux années. Sa scolarité effectuée auprès du centre de formation des apprentis de la chambre de métiers et de l'artisanat a toujours donné lieu, par ailleurs, à des appréciations très encourageantes soulignant son sérieux. Son certificat d'aptitudes professionnelles obtenu à la session de juin 2020, il a ultérieurement signé un contrat à durée indéterminée à temps plein le 8 juillet 2021, chez le même employeur, très élogieux à son endroit. Il convient de relever que le préfet ne fait état d'aucun des éléments d'appréciation relatifs au requérant, et il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier disposerait d'attaches significatives avec des membres de sa famille résidant en Côte d'Ivoire. Eu égard à cet état de fait, M. B est fondé à soutenir qu'en ayant refusé de régulariser sa situation en application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative a entaché l'appréciation de sa situation d'une erreur manifeste.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour du 14 avril 2022. Cette annulation implique, par voie de conséquence, l'annulation des décisions consécutives du même jour par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'injonction :
6. Eu égard aux motifs retenus, le présent jugement d'annulation implique nécessairement que M. B se voie délivrer une carte de séjour mention " salarié ", sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'ordonner au préfet territorialement compétent de lui remettre ce titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit utile d'assortir cette injonction d'une astreinte. Dans l'attente de la remise de ce titre de séjour, le préfet territorialement compétent remettra à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 960 euros, sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer une carte de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B, d'une part, une carte de séjour mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, d'autre part, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 960 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Leduc, premier conseiller,
M. Bouvet, premier conseiller.
Assistés par M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La présidente,
signé
A. GAILLARDLe rapporteur,
signé
C. LEDUC
Le greffier,
signé
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
signé
S. Combes
N°2204774
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026