lundi 5 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | KOUM DISSAKE |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022 sous le numéro 2204798 et trois mémoires complémentaires enregistrés le 2 décembre 2022, Mme D C, représentée par Me Koum Dissake, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a inscrite aux fins de non-admission au sein du système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ".
Mme C soutient que :
- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle est mère d'une enfant dont le père réside en France de façon régulière et que la cellule familiale ne peut se reconstituer dans son pays d'origine ;
- le signalement aux fins de non-admission dans l'espace Schengen porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle dispose d'attaches familiales en Italie ;
- elle a un droit à régularisation ;
- l'arrêté procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
II./ Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022 sous le numéro 2204800 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 décembre 2022, Mme D C, représentée par Me Koum Dissake, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ".
Mme C soutient que la décision est illégale dès lors qu'elle présente des garanties de représentation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique de 13 heures 30 :
- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que l'information donnée par l'autorité administrative à un ressortissant étranger concernant son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, lorsqu'elle prend une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- les observations de Me Koum Dissake, pour Mme C, qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans la requête.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante ivoirienne née le 29 décembre 1987, est entrée en France en 2013, munie d'un titre de séjour italien, selon ses déclarations. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet l'a assignée à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours renouvelable. Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2204798 et 2204800 concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
3. Lorsqu'elle prend à l'égard d'un ressortissant étranger une interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'information relative au signalement de Mme C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français du 28 novembre 2022 :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis 2013 et qu'elle est mère d'une fille, prénommée E, née le 29 juillet 2020 de sa relation avec M. A, ressortissant ivoirien titulaire d'une carte de résident, dont elle est aujourd'hui séparée. Toutefois, outre que la durée de séjour alléguée par la requérante n'est nullement établie par les pièces versées aux débats, Mme C ne saurait utilement s'en prévaloir dès lors que celle-ci résulte, au moins partiellement, de ce qu'elle n'a pas déféré à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, en 2016. Si l'intéressée se prévaut également d'un " droit à la régularisation " dont elle ne spécifie pas les fondements, il n'est pas contesté qu'elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour, nonobstant les conclusions aux fins de délivrance d'un titre de séjour qu'elle forme, dans le cadre de la présente instance. Par ailleurs en l'absence de tout autre élément relatif à la vie familiale, les deux preuves de versement de mandats, d'un montant de 50 euros chacun, datées respectivement du 12 octobre 2021 et du 14 avril 2022, dont se prévaut la requérante, ne permettent nullement, à elles-seules, de démontrer la réalité de la contribution de M. A à l'entretien et à l'éducation de la jeune E, âgée de deux ans, ni plus qu'un quelconque investissement de l'intéressé dans sa parentalité. La seule circonstance que M. A soit titulaire d'une carte de résident ne saurait davantage caractériser l'existence d'un obstacle à ce que la cellule familiale, dont tous les membres ont la nationalité ivoirienne, se reconstitue, le cas échéant, en Côte-d'Ivoire, en l'absence de toute indication relative, notamment, à l'exercice d'une activité professionnelle en France par le père de l'enfant. Il n'est pas soutenu, ni même allégué, que la jeune E ne sera pas à même de suivre une scolarité normale dans le pays d'origine de la requérante ce qui, eu égard à son très jeune âge, n'est pas susceptible de léser son intérêt supérieur. Mme C ne justifie d'aucune activité professionnelle actuelle ou passée, ni plus que d'aucune insertion ou inscription à une formation qualifiante alors même qu'elle indique résider sur le territoire national depuis près de dix ans. Les pièces versées aux débats, et les déclarations de l'intéressée à l'audience ne permettent pas de tenir pour établi qu'elle serait dépourvue d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, où réside toujours sa mère. Il n'est pas soutenu, ni même allégué, que Mme C serait exposée au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte-d'Ivoire. Enfin, eu égard aux conditions de son séjour en France, à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, à l'absence de circonstance humanitaire, au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, enfin, à l'absence de démonstration du lien affectif unissant l'enfant E à M. A, le préfet a pu, à bon droit, édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de la requérante. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C, pas plus qu'il ne méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant E. Pour l'ensemble des motifs précédemment exposés, il ne procède pas davantage d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de l'assignation à résidence :
6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
7. Au cas d'espèce, il est constant qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à Mme C, qui fait bien l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an avant l'adoption de l'assignation à résidence litigieuse. Il n'est pas contesté, au surplus, que l'intéressée est dépourvue de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité. Enfin, Mme C ne peut valablement se prévaloir de ce qu'elle présente des garanties de représentation, dès lors que l'absence de telles garanties ne figure pas au nombre des conditions posées par les dispositions citées au point précédent pour permettre à l'autorité administrative d'assigner un étranger à résidence. Ainsi, Mme C, qui entrait dans le champ des dispositions du 1°) de l'article L. 731-1 pouvait légalement faire l'objet d'une assignation à résidence sur ce fondement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par la requérante et dirigées contre les arrêtés du préfet de la Seine-Maritime en date du 28 novembre 2022 doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204798 et n° 2204800 de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
C. B
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2204798, 2204800
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026