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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204844

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204844

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSINOIR AURELIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime demande d'ordonner l'expulsion immédiate de Mme C, occupante d'un local au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par l'association Informations Solidarité Réfugiés situé 10, rue des Veulets à Dieppe.

Par un mémoire, enregistrés le 15 décembre 2022 à 12 h 20, Mme B, représentée par Me Sinoir, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Vu :

- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir régulièrement convoqué à une audience publique :

- le préfet de la Seine-Maritime ;

- et Mme B.

Après la présentation du rapport, au cours de l'audience publique du 15 décembre 2022, à 14 h, ont été entendues :

- les observations de Me Sinoir, pour Mme B, qui reprend en substance les conclusions et moyens de son mémoire ;

- et les observations de Mme B.

A l'issue de l'audience est intervenue la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. " Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "

3. Mme B, ressortissante somalienne, est entrée en France en octobre 2020 accompagnée de ses enfants, nés le 2 juillet 2009 et le 19 juillet 2012. Elle a bénéficié, à compter du 27 janvier 2021, d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un CADA géré par l'association Informations Solidarité Réfugiés à Dieppe. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 janvier 2022 qui lui a été notifiée le 2 février 2022. Par un courrier du 10 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a vainement mis Mme B en demeure de quitter le CADA dans le délai de 21 jours à compter de la notification de cet ordre, intervenue le 22 mai 2022.

4. La demande de protection internationale de Mme B a été déclarée irrecevable par l'OFPRA au motif, prévu par le 1° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle bénéficiait déjà d'une protection effective au titre de la protection subsidiaire dans un Etat membre de l'Union européenne, en l'occurrence l'Italie. Dans un tel cas, ainsi qu'en dispose le a) du 1° de l'article L. 542-2 du même code, par dérogation à l'article L. 542-1, son droit de se maintenir sur le territoire français avait pris fin alors même qu'un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La circonstance que le préfet n'ait pas prononcé de mesure d'éloignement est sans incidence sur son droit à demeurer dans le CADA, qui a pris fin avec le rejet de la demande d'asile en France par l'OFPRA.

5. Les besoins d'accueil des demandeurs d'asile et le nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile sont justifiés de façon suffisamment précise par les données actualisées en octobre 2022 versées au dossier, qui font état d'une situation de tension élevée quant aux places disponibles dans les diverses structures d'accueil des demandeurs d'asile, surtout en Seine-Maritime qui ne compte que 7 places disponibles en CADA à l'échelle de ce département, compte tenu des disponibilités du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile ainsi que du taux de présence indue dans les structures d'accueil. Cette situation est particulièrement tendue en ce qui concerne les familles, ainsi qu'il résulte des données produites par le préfet, selon lesquelles, avec 233 membres de famille domiciliés en structure de premier accueil de demandeur d'asile (SPADA) par la direction territoriale de Rouen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le mois octobre 2022 est le plus sujet à demande d'accueil en CADA de l'année 2022 et même de l'année 2021 à l'exception des mois de juillet et septembre 2021. Dans ces conditions, le délai de plusieurs mois entre la mise en demeure de quitter le centre où l'intéressée se maintient indûment et la présente demande de référé ne retire pas à cette demande son caractère d'urgence compte tenu du nombre de familles, titulaires du droit de se maintenir sur le territoire jusqu'à l'examen de leur demande d'asile, auxquelles les autorités compétentes doivent accorder les conditions matérielles d'accueil.

6. Sans remettre en cause la situation personnelle difficile et le parcours migratoire éprouvant de Mme B, aucun élément du dossier ne conduit à penser que la famille est exposée à une fragilité particulière en termes de santé notamment. La précarité en termes d'isolement et d'hébergement ne résulte que de la fin du droit au maintien sur le territoire français. A cet égard, il n'est pas justifié que le service intégré de l'accueil et de l'orientation dans le parc d'hébergement d'urgence ait été sollicité en vue d'une solution d'hébergement alternative. Par suite, et en dépit de la période hivernale, aucune circonstance exceptionnelle n'est, en l'espèce, de nature à ôter à la demande d'expulsion du CADA son caractère d'urgence.

7. Toutefois, si la libération des lieux en cause présente un caractère d'urgence et d'utilité qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu, pour permettre à Mme B de faire valoir son droit à un hébergement d'urgence, d'accorder un délai d'un mois avant la mise à exécution d'office de cette mesure.

8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander d'enjoindre à Mme B, qui a perdu la qualité de demandeur d'asile en France, d'évacuer, sous cette condition, de délai le local qu'elle occupe sans droit ni titre dans le CADA de Dieppe géré par l'association Informations Solidarité Réfugiés.

9. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au titre des frais liés à l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à Mme B ainsi qu'à tous occupants de son chef, de libérer les lieux qu'ils occupent dans le CADA géré par l'association Informations Solidarité Réfugiés situé 10, rue des Veulets à Dieppe.

Article 3 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à procéder, passé le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme C et à Me Aurélie Sinoir.

Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Maritime, au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Dieppe, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à l'association Informations Solidarité Réfugiés.

Fait à Rouen, le 15 décembre 2022.

Le juge des référés,

P. A

La greffière,

F. HAY

N°2204844

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