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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204883

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204883

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. D C, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet de Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Le refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du même code et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des

libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, le préfet de Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A, présidente- rapporteure.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant angolais né le 16 novembre 1977 à Luanda, est entré en France le 9 juin 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 23 juin 2020, M. C a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 14 septembre 2022, le préfet de Seine-Maritime a rejeté cette demande, a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels elle est fondée. Elle mentionne en particulier les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle de M. C et énonce les raisons pour lesquelles le préfet a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour. En outre, le préfet de la Seine-Maritime décrit les attaches familiales dont celui-ci se prévaut et indique les considérations, propres à cette situation, à partir desquelles il a forgé l'appréciation qu'il a portée sur l'intensité respective des liens de l'intéressé avec la France et l'Angola. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande de M. C sur le fondement des dispositions précitées, le préfet a relevé que le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) avait précisé, dans son avis du 8 février 2022 que, si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. M. C soutient qu'il souffre de diabète et qu'il bénéficie d'un suivi médical régulier en France depuis son arrivée en 2018. Toutefois, si le requérant soutient que de nombreuses sources publiques d'information, telles qu'un article publié en 2021 par l'Agence française de développement (ADF), évoquent des difficultés d'accès aux soins au Congo, il est constant que ces affirmations d'ordre général sont relatives au système de santé propre à la République démocratique du Congo, et ne sauraient établir une indisponibilité de ses soins en Angola. En outre, les certificats médicaux établis les 28 juillet 2020 et 17 août 2020 par un praticien hospitalier et un médecin généraliste qui décrivent la pathologie dont est atteint le requérant et le traitement qui lui est prescrit, ne peuvent suffire à établir qu'en cas de retour en Angola, l'intéressé ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. Ainsi, le préfet a pu, sans méconnaître l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser au requérant la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois ".

7. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. C en qualité de parent d'enfant malade, le préfet de Seine-Maritime s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 6 décembre 2021 par le collège de médecins de l'OFII, selon lequel, l'état de santé de son fils, B C, né le 20 juin 2014, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

8. Le requérant fait valoir que son fils, atteint d'un trouble neuro-développemental associé à un retard de parole sévère et à des troubles praxiques, bénéficie d'un suivi régulier pluridisciplinaire au centre médico-psychologique et qu'il est scolarisé dans une classe " ULIS " (unité localisée d'inclusion scolaire). Toutefois, il ne conteste pas que le défaut de prise en charge médicale de cette pathologie invalidante ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ainsi qu'en a conclu le collège de médecins dans son avis précité. Il suit de là qu'en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-Maritime n'a pas méconnu ces dispositions. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. M. C fait valoir qu'il est entré sur le territoire le 9 juin 2018 avec deux de ses enfants nés en 2014 et 2017, qui y sont scolarisés et qu'il vit en couple avec une compatriote. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France pour demander son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par décision du 17 mars 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que la concubine de M. C, ressortissante angolaise, ne disposait, à la date de l'arrêté attaqué, d'aucun titre de séjour lui donnant vocation à demeurer durablement sur le territoire national. Dès lors, à supposer même que la vie commune du requérant soit établie, rien ne s'oppose à ce qu'il reconstitue, avec sa concubine et ses deux enfants, la cellule familiale en Angola où il a vécu la majeure partie de son existence. Enfin, le requérant ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle au jour de la décision contestée. Par suite, le préfet de Seine-Maritime n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 8 du présent jugement que M. C n'établit pas que l'état de santé de son fils B nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en prenant à son égard une obligation de quitter le territoire qui au demeurant n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 15 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2022 du préfet de Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé : C. A

L'assesseur le plus ancien,

Signé : S. GUIRAL Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204883CH

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