mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MATRAND LUCILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2022 et le 10 février 2023, M. F B, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter de territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et à titre subsidiaire, la décision du 14 septembre 2022 fixant le pays de renvoi, et d'autre part, le récépissé matérialisant la décision de rétention de son passeport ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il ne procède pas d'un examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant saisie du passeport est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense enregistrés le 30 décembre 2022 et le 31 janvier 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.
M. B a produit des pièces complémentaires enregistrées le 23 janvier 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A, présidente- rapporteure.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant angolais né le 10 septembre 1975 à Cuimba, est entré en France le 26 juin 2021 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 20 juin 2022, M. B a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 14 septembre 2022, le préfet de l'Eure a rejeté cette demande, a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a remis un récépissé valant justification d'identité après retenue de son passeport.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2022 :
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de toutes les décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. E C, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables notamment les articles L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, rappelle la nationalité du requérant, mentionne qu'il n'est pas établi que M. B pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine et indique les raisons pour lesquelles le préfet de l'Eure a décidé de prendre les décisions attaquées. L'arrêté comportant les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En dernier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la situation personnelle de M. B a fait l'objet d'un examen particulier.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. M. B soutient, sans être sérieusement contredit, qu'il a rejoint sa famille à partir de juin 2021, et vit depuis cette date en France avec Mme D, compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et leurs trois enfants. Toutefois les trois enfants du couple sont nés en Angola, le 17 août 2006, le 2 novembre 2008 et le 25 avril 2015 avant la séparation du couple en 2015 et le départ de la mère et de ses enfants vers la France en 2018 à l'insu de M. B. Si depuis son arrivée en France, M. B vit avec ses enfants et sa compagne il est constant que l'intéressé a vécu séparé de ses trois enfants pendant au moins trois ans sans qu'aucune raison impérieuse soit alléguée sinon la mésentente du couple depuis 2015. En outre il ressort notamment de l'attestation de la caisse d'allocation familiale produite que sa compagne a donné naissance en 2018 à un enfant dont il n'allègue, au demeurant pas être le père. Si M. B établit de par sa communauté de vie avec la mère de ses enfants, participer à l'entretien et à l'éducation de ces derniers, cette situation est récente au jour de la décision contestée et ne permet pas d'établir, eu égard à l'absence d'insertion sociale et professionnelle de M. B en France, qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Eure aurait porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écartée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".
8. En l'espèce, M. B a fait l'objet d'une décision portant refus de séjour et relève ainsi des prévisions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'autorité administrative peut assortir cette décision d'une mesure d'éloignement. En outre, M. B ne peut utilement se prévaloir des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de déterminer le pays à destination duquel il doit être éloigné. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
9. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à des risques de torture ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la saisie du passeport :
11. Dès lors que les moyens de légalité dirigés contre l'arrêté du 14 septembre 2022 ont été écartés aux points 2 à 11 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision de saisie de son passeport.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 14 septembre 2022. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Matrand et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé : C. A
L'assesseur le plus ancien,
Signé : S. GUIRAL Le greffier,
Signé : J-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204885
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026