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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204905

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204905

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 18 janvier 2023, M. D F, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

- d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou 1000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- méconnait le droit d'être entendu ;

- est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

la décision fixant le pays de destination :

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait le droit d'être entendu ;

- méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale dès lors qu'elle fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;

- est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie règlementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leduc, magistrat désigné ;

- les observations orales de Me Elatrassi-Diome, avocate de M. F, assisté de Mme C, interprète, qui reprend et précise les conclusions et moyens de la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, né le 18 janvier 1980, est un ressortissant de nationalité azerbaïdjanaise entré en France le 14 novembre 2019. Sa demande de réexamen du refus d'asile dont il avait fait l'objet en 2021 a été rejetée par l'OFPRA le 14 mars 2022, décision de refus de réexamen confirmée par la CNDA le 6 juillet 2022. M. F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la signataire de l'acte attaqué, Mme E A, cheffe du bureau du droits d'asile de la préfecture de la Seine-Maritime, dispose d'une délégation à cet effet figurant dans l'arrêté préfectoral du 1er avril 2022 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'acte attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée, et il ressort de ses termes mêmes qu'elle a été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle de M. F.

4. En troisième lieu, le requérant a déposé une demande d'asile et a ainsi été conduit à préciser à l'administration les motifs de sa démarche et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Le droit de l'intéressé à être entendu, ainsi satisfait à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile puis au cours de l'instruction de cette demande, n'imposait pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, préalablement à l'acte attaqué induit par le rejet de sa demande d'asile. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que M. F aurait sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture, ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne fût prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, eu égard aux décisions, d'une part, de rejet de sa demande par l'OFPRA le 12 mai 2021, confirmé par la CNDA le 2 novembre suivant, et, d'autre part, au rejet de sa demande de réexamen par l'OFPRA le 14 mars 2022 confirmé par la CNDA le 6 juillet 2022, M. F, qui ne présente aucun élément nouveau dans la présente instance susceptible de constituer un commencement de preuve des traitements inhumains et dégradants auxquels il allègue avoir été soumis dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. A cet égard, les documents remis au tribunal lors de l'audience ne permettent d'établir la réalité du lien allégué entre les situations rencontrées par les membres de sa famille ayant obtenu l'asile et la sienne.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. F n'est entré en France qu'en novembre 2019, à l'âge de trente-neuf ans, après avoir quitté l'Azerbaïdjan où il n'établit ni même n'allègue ne pas disposer de liens privés personnels et familiaux. Il est divorcé de son épouse, mère de deux enfants à l'égard desquels il ne prouve pas être demeuré en relation, l'attestation du 18 janvier 2023 signée par les intéressées étant dépourvue de force probante, sans que les mobiles relatifs aux risques qui pèseraient sur lui ne puissent être regardés, eu égard à ce qui est relevé ci-dessus, comme une cause de cet état de fait. Dans ces conditions, au regard des conditions du séjour du requérant en France, la mesure d'éloignement, eu égard à ses effets, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. La décision attaquée ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être rejeté.

En ce qui concerne le pays de destination :

7. En premier lieu, l'acte attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée. Par ailleurs, Mme E A, cheffe du bureau du droits d'asile de la préfecture de la Seine-Maritime, dispose d'une délégation à l'effet de signer cet acte, figurant dans l'arrêté préfectoral du 1er avril 2022 régulièrement publié.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'acte attaqué.

10. Le requérant ne verse au dossier aucun commencement de preuve, dont il a charge, de nature à établir qu'il pourrait faire l'objet de traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et de versement de frais d'instance.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. B

La greffière,

Signé :

N. STOCK

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. STOCK

N°2204905

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