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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204926

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204926

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. A se disant Sekou Kebe, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter du présent jugement et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité administrative n'a pas procédé aux vérifications nécessaires auprès des autorités guinéennes avant de se prononcer sur l'authenticité de son acte d'état civil ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles R. 431-10 et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article 47 du code civil ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A se disant Sekou Kebe a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Lepeuc, représentant M. A se disant Sekou Kebe.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Sekou Kebe, qui déclare être né le 15 décembre 2003 à Conakry (Guinée), a sollicité le 13 octobre 2021 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article R. 431-10 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et indique, de manière suffisamment précise, les éléments sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour considérer que les actes d'état civil du requérant étaient falsifiés. Il mentionne ainsi que M. A se disant Sekou Kebe n'est pas en mesure de justifier de son état civil et ne peut se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté comporte dès lors les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour. Cette décision est donc suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications ".

4. Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles. Si l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays, il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

5. Par ailleurs, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports d'analyse documentaire établis le 4 juillet 2022 par l'agent de la cellule de fraude documentaire de la police nationale, que les mentions pré-imprimées sur l'extrait du registre de l'état civil et le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance ne sont pas correctement alignées et centrées. L'agent de police ayant procédé à cette analyse a par ailleurs relevé, en ce qui concerne le jugement supplétif, outre un timbre sec partiellement illisible, la présence de correcteurs au niveau du numéro et de la date du timbre humide de transcription de l'officier d'état civil. Il conclut ainsi que le jugement supplétif a été falsifié et émet en conséquence un avis défavorable sur l'extrait du registre de l'état civil. Ces rapports, bien qu'ils aient été communiqués dans le cadre de la présente instance, ne sont pas contestés par le requérant qui se borne à se prévaloir, pour justifier son état civil, de la délivrance d'une carte d'identité consulaire et du jugement de placement du 23 novembre 2018 du juge des enfants près du tribunal de grande instance de Rouen. Toutefois, la carte d'identité consulaire, qui a été établie sur la base de documents qualifiés de contrefaits, ne peut se voir attribuer de force probante particulière. En outre, si le juge des enfants, qui n'a pas remis en cause la minorité du requérant, a estimé que le jugement supplétif présentait l'apparence d'un acte authentique, il ressort du jugement de placement que M. A se disant Sekou Kebe n'a pas produit le document original, le juge des enfants s'étant prononcé sur l'authenticité de l'acte, ainsi qu'il est mentionné dans le jugement, " sous réserve d'une analyse documentaire par des experts ", de sorte que ce jugement ne saurait remettre en cause les rapports établis par la cellule de fraude documentaire. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des anomalies relevées et non contestées par le requérant, le préfet de la Seine-Maritime a pu, sans consulter préalablement les autorités consulaires guinéennes, se fonder sur le seul motif tiré du défaut de justification de l'état civil du requérant pour rejeter sa demande de titre de séjour. Le moyen tiré de la violation des dispositions citées au point 3 doit être écarté.

7. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, M. A se disant Sekou Kebe ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. S'il ressort des pièces du dossier que M. A se disant Sekou Kebe a conclu le 22 octobre 2021 un contrat d'apprentissage comme menuisier-plaquiste d'une durée de trois ans, l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches personnelles en Guinée, pays dans lequel réside à tout le moins sa mère avec laquelle il est resté en contact. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée particulièrement brève du séjour en France du requérant qui ne justifie pas y avoir noué un réseau amical et social, ancien et intense, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté, malgré les efforts scolaires qu'il a consentis, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant Sekou Kebe n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 10, M. A se disant Sekou Kebe ne peut se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander, par voie d'exception, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté, par l'arrêté litigieux, la demande de titre de séjour dont il était saisi. Par suite, il pouvait légalement, en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ordonner son éloignement du territoire français.

13. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les motifs qui ont été exposés au point 9.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant Sekou Kebe n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, la décision attaquée énonce les motifs de fait et de droit qui la fondent. Elle est donc suffisamment motivée.

16. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 14, M. A se disant Sekou Kebe ne peut exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A se disant Sekou Kebe n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A se disant Sekou Kebe est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Sekou Kebe, à Me Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. B

La présidente,

Signé : C. BOYER

Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

CH

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