vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | SEL ABDEL ALOUANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2022, M. F C, représenté par Me Alouani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois, à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- résulte d'une procédure ayant méconnu son droit d'être entendu, garanti par le droit de l'Union européenne ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Le refus de délai de départ volontaire :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entaché d'erreur d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
L'assignation à résidence :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur de fait ;
- est illégale dès lors que l'information prévue à l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été donnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle Mme D a été désignée comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de la justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C, ressortissant algérien né le 9 mars 2005, alias A H, ressortissant tunisien né le 9 mars 2000, a été interpelé et placé en garde à vue le 7 décembre 2022 pour des faits de recel de vol. Par arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, en vertu de l'article 5 de l'arrêté n° 22-070 du 24 novembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime portant délégation de signature à M. I E, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du 25 novembre 2022, Mme B G, adjointe au cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation afin de signer, notamment, les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
4. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition du 7 décembre 2022 par les services de police, M. C a été entendu sur les conditions de son séjour en France et a ainsi été mis à même de présenter des observations. En outre, et en tout état de cause, le requérant ne se prévaut d'aucune information pertinente qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision et qui, si elle avait pu être communiquée à temps, aurait été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, le droit d'être entendu de M. C n'a pas été méconnu.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. C soutient qu'il est installé en France depuis plusieurs années, où il a fixé le centre de ses intérêts personnels, et qu'il n'a plus aucune attache dans son pays d'origine. Il n'apporte toutefois aucun commencement de preuve au soutien de ces allégations. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition, qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté pour le motif exposé au point 2.
8. En deuxième lieu, le présent jugement n'annulant pas l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
10. Dans le cas présent, il est constant que M. C est entré irrégulièrement en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne dispose d'aucun documents d'identité ou de voyage. Dans ces circonstances, le préfet a pu légalement retenir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et refuser, pour ce motif, un délai de départ volontaire à M. C.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté pour le motif exposé au point 2.
12. En second lieu, le présent jugement n'annulant pas l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté pour le motif exposé au point 2.
14. En deuxième lieu, le présent jugement n'annulant pas l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. M. C, auquel aucun délai de départ volontaire n'a été donné, déclare être entré en France en 2018 où il ne justifie d'aucune attaches personnelles et familiales. Bien que la menace à l'ordre public qu'il représenterait ne soit pas établie, il ressort des pièces versées au dossier qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement sous un alias le 18 mars 2019, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en interdisant à M. C le retour sur le territoire français pendant deux ans.
Sur l'assignation à résidence :
17. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté pour le motif exposé au point 2.
18. En deuxième lieu, le présent jugement n'annulant pas l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'assignation à résidence.
19. En troisième lieu, si M. C fait valoir qu'il n'existe actuellement aucune perspective d'éloignement vers l'Algérie, il n'en apporte aucun commencement de preuve.
20. En dernier lieu, la circonstance, à la supposer avérée, que M. C n'aurait pas reçu l'information prévue à l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvue d'incidence sur la légalité de l'assignation à résidence.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 8 décembre 2022. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Alouani et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé :
L. DLa greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026