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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204998

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204998

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204998
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, Mme B A, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de cent euros, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la décision du 5 octobre 2022 d'attribution de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

1. Considérant ce qui suit : Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours () les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, () des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () "

2. Il ressort des pièces du dossier que, par la décision du 8 mars 2022 attaquée, le préfet de la Seine-Maritime s'est borné à rappeler à Mme A, ressortissante comorienne, que, par le jugement n° 2104634 du 24 février 2022, le tribunal n'avait pas remis en cause la légalité du refus de séjour contenu dans un précédent arrêté du 25 mars 2021 et qu'en exécution de l'injonction de réexamen de sa situation administrative qu'impliquait l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contenue dans cet arrêté, il maintenait le refus de séjour demandé en qualité de conjoint de Français et de parent d'enfants français alors sollicité sur les fondements des 4° et 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable à la date de la demande initiale.

3. Par son courrier du 30 mars 2022, Mme A a, à titre principal, réitéré sa demande d'admission au séjour en qualité de parent d'enfants français, désormais régie par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande principale constitue un recours gracieux formé contre la décision du 8 mars 2022 prise sur le même fondement juridique.

4. Par le même courrier du 30 mars 2022, Mme A a demandé, à titre subsidiaire, le bénéfice de l'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale désormais régie par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pour considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Ces nouvelles demandes, qui ne constituent pas un recours gracieux contre la décision du 8 mars 2022 seule attaquée dans la présente instance, ont engendré des décisions implicites de refus qui ne font pas l'objet de conclusions à fin d'annulation.

5. En premier lieu, la motivation d'un acte administratif consiste à énoncer les considérations de droit et de fait constituant le fondement de cette décision. Si l'autorité administrative est tenue de ne pas contrevenir aux stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 3 du protocole n° 4 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces instruments ne constituent pas des fondements de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, en ne faisant pas référence à ces conventions multilatérales, la décision du 8 mars 2022 n'est pas insuffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, la décision du 8 mars 2022, seule attaquée dans la présente instance, n'avait pas à examiner les conditions prévues par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le bénéfice a été revendiqué postérieurement à son édiction. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions léguislatives sont inopérants.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 25 mars 2021 à l'égard de Mme A a été annulée par la juridiction administrative. En confirmant le refus de séjour, reconnu légal par la même juridiction, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas prononcé de mesure d'éloignement ni envisagé d'en prendre une. Par suite, tels qu'ils sont formulés, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 3 du protocole n° 4 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prohibent en substance l'éloignement des enfants de leurs parents et l'expulsion des nationaux ne sont pas opérants.

8. En quatrième lieu, si les notions de " vie privée " et de " vie familiale " peuvent correspondre à des situations distinctes en fonction des domaines où trouve à s'appliquer l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette autonomie n'impose pas à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour d'examiner séparément l'éventuelle atteinte à la vie privée et l'atteinte à la vie familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de ces stipulations n'est manifestement pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et, en l'espèce, par la généralité de sa formulation dépourvue d'illustration concrète, n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

9. En cinquième lieu, la requérante se borne à rappeler, sans illustrer cette affirmation par d'autres éléments concrets, sa situation personnelle et familiale déjà examinée par le tribunal dans l'instance n° 2104634. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

10. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation alléguée n'est appuyée d'aucune précision, sinon par un renvoi aux éléments très peu circonstanciés invoqués à l'appui des moyens analysés ci-avant et déjà examinés par la juridiction à l'occasion d'une instance juridictionnelle récente. Par suite, ce dernier moyen n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A, dont la requête ne comporte qu'un moyen de légalité externe manifestement infondé, des moyens inopérants, des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien et un moyen manifestement non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la SELARL Mary et Inquimbert.

Fait à Rouen, le 2 janvier 2023.

Le président de la 1ère chambre,

P. MINNE

N°2204998

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