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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205000

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205000

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, Mme B D, épouse C, représentée A Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les soins nécessités A son état de santé ne sont pas disponibles en Algérie ;

- elle méconnaît tant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* La décision fixant le pays de destination est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale.

A un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 8 novembre 2022 A laquelle Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision A laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Deflinne, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne, née le 15 août 1971, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 16 octobre 2020. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 21 octobre 2021 A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), et le 7 mars 2022 A la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Parallèlement à sa demande d'asile, l'intéressée a déposé une demande d'admission au séjour le 4 janvier 2021 au titre des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. A arrêté du 22 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer les titres sollicités et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que Mme C ne pouvait se prévaloir de la qualité de réfugié, qu'elle pouvait voyager sans risque et ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un certificat de résidence au titre du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, que les demandes de protection de ses enfants, de nationalité syrienne, avaient fait l'objet de décisions de rejet de la part de l'OFPRA et de la CNDA, que sa fille aînée, majeure, était en situation irrégulière, qu'elle ne justifiait pas de son insertion en France, qu'elle n'établissait pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'elle fût obligée de quitter le territoire français. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de Mme C A le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il résulte des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision de délivrer un certificat de résidence aux ressortissants algériens résidant habituellement en France, ou de le renouveler, est prise A l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), émis au vu d'une part, d'un rapport médical établi A un médecin de l'Office, et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités pour l'intéressé de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'OFII que si l'état de santé de la requérante nécessite des soins dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, les traitements nécessaires à sa pathologie sont toutefois disponibles dans son pays d'origine, ce qui n'est pas remis en cause A les éléments produits au soutien de la requête. A suite, la décision contestée n'a pas été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus que des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

5. En second lieu, Mme C, qui serait entrée sur le territoire français le 16 octobre 2020, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, mère de deux enfants majeurs dont l'une est en situation irrégulière, n'est entrée en France qu'à l'âge de quarante-neuf ans après avoir toujours vécu dans divers pays. Elle ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement insérée socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 22 août 2022 ait porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les motifs exposés au point 4.

8. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 5.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 août 2022 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. A voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, épouse C, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

J-L. MICHEL

N°2205000

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