mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2205009 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 2 |
| Avocat requérant | MATRAND LUCILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2022, M. B D A, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, à titre principal, l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, en tant qu'il n'exclut pas l'Angola, et à titre subsidiaire, la décision du 21 novembre 2022 fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure d'examiner sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas reçu l'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est fondé sur des faits matériellement inexacts.
La décision portant refus de titre de séjour :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 février 2023, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Derbali, substituant Me Matrand pour M. D A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a insisté sur le fait que le requérant continue à recevoir des menaces de la part de sa famille en raison de son orientation sexuelle et que, si l'homosexualité n'est plus pénalisée en Angola, elle suscite toujours une grande stigmatisation sociale. Elle a à cet égard relevé que cette stigmatisation avait nui à la qualité des soins prodigués à M. D A ayant conduit à une aggravation de son état de santé. Ont également été entendues les observations de M. D A, qui a précisé les raisons de son départ d'Angola et décrit les mauvais traitements subis de la part des autorités et de sa famille. Il a en outre indiqué entretenir une relation sentimentale depuis quatre mois avec une personne résidant sur Paris.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D A, ressortissant angolais né le 1er avril 1974, déclare être entré le 28 mai 2016 en France. Le 3 mai 2021, l'intéressé a déposé une demande d'asile en préfecture de la Seine-Maritime. Par décision du 22 juin 2021, confirmée par une décision du 27 septembre 2022 de la cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de M. D A. Par l'arrêté attaqué du 21 novembre 2022, le préfet de l'Eure a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application, et indique que M. D A ne dispose plus d'un droit à se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, et indique qu'il n'établit pas y être exposé à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que D A, ressortissant angolais, s'est vu remettre, le 3 mai 2021, une notice d'information en langue portugaise, qu'il a déclaré lire et comprendre, lui indiquant la possibilité de demander son admission au séjour à un autre titre que l'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit en tout état de cause être écarté.
4. En dernier lieu, alors que dans sa requête, M. D A n'indique pas clairement les faits fondant la décision dont la matérialité ne serait pas établie, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé, sans commettre d'erreur de fait, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen écarté, et celui tiré de l'erreur de fait doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, en l'absence de dépôt de demande de titre de séjour, et dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 3, l'intéressé a reçu l'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. D A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code précité. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
6. En second lieu, alors en outre que, ainsi qu'il a été dit au point 3, M. D A n'a déposé aucune demande de titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à un autre titre que l'asile. Ce moyen doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D A souffre, non d'une pathologie, mais d'un handicap, dont la prise en charge ne requiert aucune intervention chirurgicale et consiste en la prise d'antalgiques et des séances de kinésithérapie. Il en ressort également que les conséquences de ce handicap demeurent limitées à des douleurs neuropathiques, fussent-elles importantes et chroniques, qui rendent plus difficiles la réalisation de certaines tâches quotidiennes. L'intéressé n'établit dès lors pas que l'absence de prise en charge médicale de son état de santé pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni en tout état de cause qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, et alors au demeurant que, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. D A n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit être écarté.
9. En second lieu, compte tenu des circonstances invoquées au soutien de ce moyen et eu égard à ce qui a été dit au point précédent, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, édicter à l'encontre de M. D A une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 cité au point 7. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une l'obligation de quitter le territoire français : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Il ressort des termes mêmes de la décision de la CNDA, produite par M. D A, statuant sur sa demande d'asile que " les craintes invoquées en cas de retour en Angola () n'ont pas pu être tenues pour établies. En effet, la teneur de ses propos sur tous les points de sa demande s'est avérée particulièrement fluctuante et inconstante, présentant en outre des incohérences chronologiques ", notamment en ce qui concerne la prise de conscience de son homosexualité, les circonstances de son mariage qu'il dit avoir été forcé, et le récit de ses différentes relations avec des hommes, la cour concluant que " ni les pièces du dossier ni les déclarations faites à l'audience devant la Cour ne permettent de tenir pour établis les faits allégués et pour fondées les craintes énoncées ". L'intéressé n'apporte aucun élément nouveau permettant de confirmer la matérialité des faits tels qu'ils ont été précédemment exposés devant la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.
12. En second lieu, compte tenu des circonstances invoquées au soutien de ce moyen, seulement relatives à l'état de santé de M. D A, eu égard à ce qui a été dit au point 8 et, en tout état de cause, au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2022 du préfet de l'Eure doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, alors au demeurant que M. D A n'a déposé aucune demande de titre de séjour, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à Me Matrand et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise au disposition au greffe, le 21 février 2023.
Le magistrat désigné,
J. CLa greffière,
N. Drouilhet
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026