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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205076

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205076

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

- d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- est entachée de détournement de procédure et de pouvoir ;

- est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale dès lors qu'elle fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie règlementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leduc, magistrat désigné ;

- les observations orales de Me Elatrassi-Diome, avocat de M. A, qui reprend et précise les conclusions et moyens de la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A est un ressortissant algérien né le 2 janvier 1989, entré en France le 24 octobre 2012. Le 3 novembre 2022, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Rouen a décidé qu'il serait sursis à la célébration du mariage prévu avec une ressortissante française née le 31 mai 1968. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la signataire de l'acte attaqué, Mme C E, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, dispose d'une délégation à cet effet figurant dans l'arrêté préfectoral du 29 août 2022 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'acte attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée, et il ressort de ses termes mêmes qu'elle a été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

4. En troisième lieu, le requérant ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de la relation qu'il entretient avec la ressortissante française concernée, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le 3 novembre 2022, le procureur de la République a décidé de surseoir à la célébration du mariage sur le fondement de l'article 175-2 du code civil dès lors qu'il existait des indices sérieux faisant présumer que le mariage envisagé était susceptible d'être annulé pour défaut de consentement en raison de la différence d'âge entre les futurs époux, de la circonstance que la ressortissante française concernée avait été préalablement mariée à deux reprises, et notamment en 2018 avec un homme qui souhaitait uniquement obtenir une régularisation de sa situation en France, et, enfin, que M. A et la future épouse ne connaissaient que très peu leurs familles respectives. En tout état de cause, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de priver M. A du droit, le cas échéant, d'entretenir des relations avec sa concubine, ni de les séparer durablement, dès lors qu'elle n'est pas assortie d'une mesure interdisant au requérant de revenir sur le territoire français et qu'elle n'empêche ni ne préjuge des démarches qu'il pourrait entreprendre ultérieurement pour résider ou lui rendre visite en France de manière régulière. Par ailleurs, la vérification du droit au séjour du requérant a été opérée dans le cadre d'une enquête effectuée par les services de la police aux frontières à la suite du dépôt par l'intéressé de son dossier de mariage. Cette enquête ayant révélé l'irrégularité du séjour sur le territoire français de M. A, l'arrêté en litige portant obligation de quitter le territoire français avec délai s'est borné à tirer les conséquences du caractère irrégulier de la présence en France de l'intéressé, qui n'a jamais cherché à régulariser sa situation sur le territoire français depuis 2012, et n'a pas eu pour motif déterminant de s'opposer à son mariage dont la célébration était, au demeurant, soumise à une enquête par l'autorité judiciaire et dont la date n'était pas encore fixée. Dans ces conditions, alors que le mariage ne pouvait pas être célébré à la date de la décision attaquée, il ne saurait être utilement soutenu que la mesure d'éloignement n'a eu pour seul but que d'empêcher la réalisation de sa célébration et qu'elle serait entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure.

5. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. A soutient entretenir une relation amoureuse avec une ressortissante française depuis septembre 2021, après des échanges via les réseaux sociaux depuis 2019, et fait valoir qu'ils vivent ensemble depuis octobre 2021, qu'il réside en France depuis dix années. Il résulte à cet égard du point précédent que le requérant ne justifie pas de l'intensité ni même de la réalité de sa relation avec la ressortissante française concernée. De surcroît, M. A n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où résident sa mère, deux sœurs et un frère, ses deux autres frères résidant en France. Dans ces conditions, au regard des conditions du séjour de M. A en France et du caractère récent de la relation entretenue par ce dernier avec la ressortissante française concernée, la mesure d'éloignement, eu égard à ses effets, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. La décision attaquée ne méconnaît ainsi pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le pays de destination :

6. En premier lieu, l'acte attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'acte attaqué.

8. Le requérant ne verse au dossier aucun commencement de preuve, dont il a charge, de nature à établir qu'il pourrait faire l'objet de traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et de versement de frais d'instance.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. B

La greffière,

Signé :

N. STOCK

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. STOCK

N°2205076

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