mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2205105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, et un mémoire enregistré le 3 avril 2023, Mme D B, épouse A C, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A C soutient que :
* La décision de refus de séjour :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- a été prise sans saisine de la commission du titre de séjour ;
- a été prise sans examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* La décision fixant le pays de destination :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise sans examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 721-4 et L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les observations de Me Elatrassi-Diome, pour Mme A C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige a été prise par M. F E qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature par arrêté du 29 août 2022 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment la nationalité de Mme A C, l'absence d'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, la circonstance qu'elle relève du regroupement familial et l'absence de preuve qu'elle encourt des risques de traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, Mme A C qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour, ne pouvait ignorer que l'administration pouvait refuser de faire droit à sa demande et assortir son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai déterminé à destination de son pays d'origine. Elle a pu faire valoir les observations qu'elle souhaitait dans le cadre de sa demande de titre et pendant l'instruction de celle-ci. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que son droit à présenter des observations ou à être entendue aurait été méconnu.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante n'aurait pas été examinée avec sérieux ni que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en situation de compétence liée pour refuser à la requérante, qui relève du regroupement familial, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait refusé la demande de titre de séjour présentée par Mme A C au titre de sa vie privée et familiale au seul motif qu'elle relève de la procédure de regroupement familial. Le moyen tiré de ce que le préfet se serait cru en situation de compétence liée et de l'erreur de droit doit donc être écarté.
7. En sixième lieu, Mme A C, de nationalité algérienne, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne régissent pas sa situation.
8. En septième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () "
9. Mme A C est entrée régulièrement en France en mars 2022, sous couvert d'un titre de séjour délivré par la Belgique, et s'est mariée dès le mois de mai 2022 avec un compatriote en situation régulière. Elle ne fait état d'aucune insertion sociale particulière et n'établit pas avoir de sérieuses perspectives d'insertion professionnelle. La séparation avec son époux ne sera que temporaire, le temps que Mme A C obtienne l'autorisation de regroupement familial. Elle n'établit pas être dépourvue de toute attache privée ou familiale en Algérie, où elle ne conteste pas se rendre régulièrement et où son époux, retraité, pourra lui rendre visite ou l'accompagner. Compte tenu du caractère récent de son séjour en France et de son mariage, et compte tenu des buts poursuivis par la décision en litige, en ayant refusé à Mme A C, qui relève du regroupement familial, la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a, alors même qu'il est constant qu'elle procure une aide quotidienne à son époux, pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le préfet n'a pas non plus, pour les mêmes motifs, commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation qu'il détient même sans texte.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A C ne remplit pas les conditions pour la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la procédure est irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision contestée et de la méconnaissance du droit à être entendu doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 4.
12. En deuxième lieu, la décision en litige, qui fait suite à un refus de titre de séjour suffisamment motivé, comme il a été dit au point 3, est elle-même suffisamment motivée.
13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, aux points 2 à 10, que le refus de titre de séjour opposé à Mme A C n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré, par exception, de l'illégalité de ce refus de séjour, doit donc être écarté.
14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs mentionnés au point 9.
Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
15. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée est écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
16. En deuxième lieu, dès lors notamment que Mme A C ne conteste pas qu'elle n'était plus titulaire, au jour de la décision contestée, d'un titre de séjour belge, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante n'aurait pas été examinée avec sérieux ou qu'elle aurait pu faire l'objet d'une remise aux autorité belges en application de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. En dernier lieu, la requérante n'apporte aucune précision sur les risques de traitements inhumains ou dégradants qu'elle pourrait encourir en cas de retour dans son pays d'origine, où elle ne conteste pas se rendre fréquemment, et n'établit par aucune pièce encourir de tels risques. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, épouse A C et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
H. JEANMOUGIN Le président,
Signé
P. MINNE
Le greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2205105
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026