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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205185

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205185

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205185
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAUGUST DEBOUZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, l'association Ecologie pour le Havre, Mme C, M. F, M. G, M. B et Europe Ecologie les Verts Normandie demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté n°PC 076 351 22 H0167 en date du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a accordé un permis de construire à la

SAS TotalEnergies LNG Services France en vue de la construction des installations à quai permettant le raccordement d'une unité flottante de stockage et regazéification de gaz naturel liquéfié au réseau de transport de gaz naturel, sur la zone portuaire du Havre, quai Bougainville.

Ils soutiennent que :

- L'arrêté est entaché d'un défaut de motivation, dès lors qu'il ne fait pas état de la nécessité d'augmenter les capacités nationales de traitement de gaz et ne démontre pas l'existence d'une menace grave sur la sécurité d'approvisionnement en gaz du pays ;

- L'avis de l'agence régionale de santé n'est pas joint à l'arrêté, ce qui ne permet pas de vérifier que les réserves et prescriptions émises sont respectées ;

- L'arrêté est illégal en raison de l'absence de menace grave sur la sécurité d'approvisionnement en gaz du pays, ce qui aurait dû conduire à ce que soit appliquée la réserve d'interprétation du Conseil Constitutionnel qui a jugé que les dispositions de la loi du 12 août 2022 ne devaient trouver à s'appliquer que dans un tel cas ;

- L'arrêté est illégal dès lors que les dommages pour l'environnement sont certains, consubstantiels à l'exploitation du terminal méthanier flottant et irréversibles ;

- En application du principe de prévention, il est nécessaire pour parer à la réalisation du dommage, de ne pas permettre l'amarrage du terminal méthanier flottant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2022-1158 du 16 août 2022 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

2. Par arrêté en date du 1er décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 14 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a accordé un permis de construire à la SAS TotalEnergies LNG Services France, en vue de la construction des installations à quai permettant le raccordement d'une unité flottante de stockage et regazéification de gaz naturel liquéfié au réseau de transport de gaz naturel, sur la zone portuaire du Havre, quai Bougainville.

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice relative à la demande de permis de construire en litige comme des mentions de l'arrêté contesté, que ce permis a été délivré au vu du code de l'urbanisme, du plan local d'urbanisme de la commune du Havre, du plan de prévention des risques technologiques de la zone industrialo-portuaire du Havre et du plan de prévention des risques littoraux de la plaine alluviale nord de l'embouchure de l'estuaire de la Seine et qu'il autorise uniquement la construction d'un ensemble d'équipements et de locaux, comprenant des aménagements de voirie, de stationnement et de réseaux, des équipements à quai, tels qu'une tour d'accès au navire pour l'équipage, un bras de déchargement, des tourelles incendie, des défenses fixes d'accostage et des crocs d'amarrage ainsi que des bâtiments de bureaux et des locaux techniques.

4. Ces aménagements et constructions doivent être édifiés dans l'emprise du port du Havre, le long du quai qui accueillera le terminal méthanier flottant, sur un terrain qui sera libéré de toute activité par Haropa, auparavant partiellement occupé par le terminal roulier au nord-est et le site BSB de fabrication d'éoliennes offshore au sud. Ils permettront le raccordement du navire FSRU amarré à quai qui transforme le gaz liquide GNL en gaz gazeux. Ce gaz devra ensuite être récupéré via une canalisation enterrée pour le réinjecter dans le réseau existant de GRT Gaz.

5. Les requérants font valoir, en premier lieu, que l'arrêté est insuffisamment motivé, dès lors qu'il ne se prononce ni sur la nécessité d'augmenter les capacités nationales de traitement de gaz ni sur l'existence d'une menace grave sur la sécurité d'approvisionnement en gaz. Cependant, l'autorité qui délivre une autorisation d'urbanisme au regard des règles d'urbanisme applicables n'a pas à se prononcer sur l'opportunité d'un projet. Dans ces conditions la circonstance que les installations autorisées par ce permis de construire soient nécessaires pour l'exploitation du terminal méthanier flottant n'imposait pas au préfet de la Seine-Maritime de se prononcer sur les motifs qui justifieraient le recours à un tel terminal. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté, qui vise les dispositions au regard desquelles il a été délivré et précise les prescriptions qui devront être respectées, manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté comme étant manifestement infondé.

6. En deuxième lieu, la circonstance que les prescriptions émises par l'agence régionale de santé dans son avis du 24 octobre 2022, qui étaient jointes à l'arrêté notifié au pétitionnaire, n'aient pas été publiées en annexe à l'arrêté en litige au recueil des actes administratifs de la préfecture est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Le moyen doit, par suite, être écarté comme étant inopérant.

7. Enfin ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 4, l'arrêté attaqué autorise seulement la construction de divers aménagements, installations et constructions à quai qui permettront le raccordement d'une unité flottante de stockage et regazéification de gaz naturel liquéfié au réseau de transport de gaz naturel mais n'autorise pas la mise en service du terminal. Il suit de là que les moyens soulevés relatifs aux conséquences potentielles résultant de l'exploitation du terminal méthanier flottant sur l'environnement et à la réserve d'interprétation par le Conseil Constitutionnel des dispositions législatives dérogatoires prévues par les articles 29 et 30 de la loi du 16 août 2022, qui n'ont, au demeurant, pas été appliquées par le préfet pour délivrer le permis de construire en litige, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par l'association Ecologie pour le Havre, Mme C, M. F, M. G, M. B et Europe Ecologie les Verts Normandie, qui ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés ou des moyens inopérants et n'a pas été suivie d'un mémoire complémentaire dans le délai de recours contentieux, expiré à l'issue du délai d'un mois à compter de la publication de l'arrêté le

14 décembre 2022, peut être rejetée en application des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, désigné en qualité de représentant unique de l'ensemble des requérants, à la société TotalEnergies LNG Services France et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressé au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 23 janvier 2023.

La présidente de la 2ème chambre,

Signé :

P. Bailly

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205185

npl

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