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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205220

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205220

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, M. B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît son droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 2 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. A se prévalait, à la date de sa demande, d'un contrat saisonnier.

Par un courrier du 2 mai 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la substitution, envisagée, aux dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A, de celles de l'article L. 421-34 du même code.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 23 novembre 2022 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Mary, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant libanais né le 2 juin 1989, a déclaré être entré en France le 1er mai 2022, alors titulaire d'un visa de long séjour délivré par les autorités suisses, valable du 13 décembre 2021 au 22 février 2022, ainsi que d'un titre de séjour délivré par ces mêmes autorités, valable jusqu'au 15 décembre 2022. Le 1er juin 2022, il s'est vu octroyer une autorisation de travail. Le 7 juillet 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur salarié. Par l'arrêté attaqué du 19 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. () " Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; () " Aux termes de l'article L. 412-2 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. () " Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () " Aux termes de l'article L. 421-34 de ce code : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "travailleur saisonnier" d'une durée maximale de trois ans. / () Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. "

4. En l'espèce, d'une part, si M. A justifie avoir conclu un contrat à durée indéterminée le 1er octobre 2022, il ressort des pièces du dossier qu'il a sollicité son admission au séjour en qualité de travailleur salarié, le 7 juillet 2022, au regard de la conclusion d'un contrat à durée déterminée à caractère saisonnier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux étrangers qui exercent une activité salariée sous contrat à durée indéterminée, est inopérant.

5. D'autre part, en faisant application à M. A des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux étrangers qui exercent une activité salariée sous contrat à durée déterminée, alors que l'intéressé se prévalait d'un contrat saisonnier conclu le 19 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a méconnu le champ d'application de ces dispositions. Toutefois, la décision attaquée, motivée par l'absence de visa de long séjour délivré par les autorités françaises et par la circonstance que l'autorisation de travail a été délivrée à M. A au regard de mentions erronées de son employeur quant à son pays de résidence, trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 421-34 du même code, qui peuvent être substituées à celles dont il a été fait application par le préfet dès lors, d'une part, que l'autorité administrative pouvait, pour ces mêmes motifs et dans le cadre d'un même pouvoir d'appréciation, refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur salarié sur ce fondement et, d'autre part, que cette substitution de base légale n'a pour effet de le priver d'aucune garantie.

6. Enfin, d'une part, si M. A se prévaut de ce qu'il disposait, à la date de sa demande, d'un visa de long séjour en cours de validité et d'un titre de séjour, tous deux délivrés par les autorités suisses et dont le premier n'était d'ailleurs valable qu'au sein de cet Etat, il est constant qu'il ne s'était pas vu délivrer un tel visa par les autorités françaises. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime était fondé, pour ce seul motif, à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. D'autre part, dès lors que M. A ne remplissait pas les conditions de délivrance de plein droit du titre de séjour qu'il sollicitait, le préfet n'était pas tenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En dernier lieu, M. A se borne à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, sans faire état d'aucun élément, outre la circonstance qu'il exerçait en France une activité professionnelle, de nature à établir la réalité et l'intensité de ses liens privés et familiaux sur le territoire français, alors par ailleurs que son entrée demeurait très récente à la date de la décision attaquée et que ses parents et sa fratrie résident tous au Liban, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. En outre, il n'appartenait pas à l'autorité administrative, en application des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de procéder à un examen distinct de l'atteinte susceptible d'être portée par sa décision au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée d'une part et de sa vie familiale d'autre part. Enfin, le requérant ne fait état d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune considération humanitaire de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur de droit, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, le requérant ne pouvait ignorer, en déposant une demande de titre de séjour, qu'il était susceptible, en cas de rejet de celle-ci, de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, assortie d'une décision fixant le pays de destination. Il lui appartenait, dans le cadre de l'instruction de sa demande, de faire état de tout élément qu'il jugeait pertinent de porter à la connaissance de l'autorité administrative, y compris s'agissant du pays à destination duquel il était susceptible d'être renvoyé. M. A ne fait en tout état de cause pas état des éléments qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet de la Seine-Maritime en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

12. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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