mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2205303 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | SODALO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, M. B, représenté par Me Sodalo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil (CMA) ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses CMA.
M. A soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa vulnérabilité ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'OFII n'a pas procédé à un examen préalable de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, l'OFII conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction.
L'office soutient que :
- les conclusions tendant au rétablissement des CMA de M. A sont devenues sans objet dès lors qu'il n'est plus demandeur d'asile depuis le 15 mars 2023 ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 4 janvier 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 9 janvier 2024 fixant la clôture de l'instruction au 11 mars 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, a sollicité la protection internationale en France le 9 novembre 2022 et a accepté, le même jour, les CMA proposées par l'OFII. Le même jour, l'OFII l'a informé de son intention de mettre fin au bénéfice de ces CMA et l'a invité à présenter ses observations dans le délai de quinze jours. Par la décision attaquée du 25 novembre 2022, l'OFII a mis fin aux CMA de M. A.
2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () "
3. En premier lieu, d'une part, la décision litigieuse, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les considérations de fait propres à la situation de M. A, à savoir la circonstance qu'il n'avait pas informé l'administration de ce qu'il était bénéficiaire de la protection internationale en Grèce, est, par suite, suffisamment motivée. D'autre part, à supposer que le requérant ait entendu soulever un moyen tiré de ce que l'OFII aurait entaché sa décision d'erreur de droit dès lors que le motif retenu pour mettre fin à ses CMA ne figurerait pas parmi ceux visés à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un tel motif est au contraire susceptible de relever du 3° de cet article, relatif au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, lesquelles se traduisent notamment par la production des informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes, motif qui ressort d'ailleurs du courrier adressé à M. A dès le 9 novembre 2022 l'invitant à présenter ses observations.
4. En deuxième lieu, d'une part, les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent seulement à l'autorité administrative de tenir compte de la vulnérabilité du demandeur lorsqu'elle envisage de mettre fin à ses CMA, sans pour autant qu'il en découle une obligation absolue et générale de procéder à un entretien de vulnérabilité. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée d'un tel entretien. D'autre part et en tout état de cause, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la " fiche d'entretien de vulnérabilité " datée du 9 novembre 2022, qu'un tel entretien a été réalisé préalablement à l'adoption de la décision litigieuse.
5. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il serait particulièrement vulnérable en raison de violences subis en Afghanistan et en Grèce, l'unique document qu'il produit au soutien de ses allégations, à savoir une photographie d'un visage meurtri à la date incertaine, n'est, en tout état de cause, pas de nature à faire regarder la décision attaquée comme étant entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa vulnérabilité.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de non-lieu opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle l'OFII a mis fin à ses CMA. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Rosalie Sodalo et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
A. LE VAILLANT
Le président,
signé
P. MINNELe greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne à l'OFII en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
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